‹ Théatre de Beaumarchais (volume 3)Chapitre 171 sur 487 · BARTHOLO, ROSINE · texte numérisé non relu

BARTHOLO, ROSINE

Vous étiez ici avec quelqu'un , monsieur ?

BARTHOLO

Don Bazile que j'ai reconduit , et pour cause. Vous eussiez mieux aimé que c'eût été monsieur Figaro ?

ROSINE

Cela m'est fort égal , je vous assure.

BARTHOLO

Je voudrais bien savoir ce q ue ce barbier avait de si pressé à vous dire? *

ROSINE

Faut-il parler sérieusement ? Il m'a rendu compte de l'état de Marceline , qui même n'est pas trop bien , à ce qu'il dit.

BARTHOLO

Vous rendre compte! Je vais parier qu'il était chargé de vous remettre quelque lettre.

ROSINE

Et de qui , s'il vous plaît ?

BARTHOLO

Oh, de qui ! De quelqu'un que les femmes ne nomment jamais. Que sais-je , moi ? Peut-être la réponse au papier de la fenêtre.

ROSINE à *»part.

Il n'en a pas manqué une seule. ( Haut. ) vous mériteriez bien que cela fût.

BARTHOLO regarde les mains de Rosine.

Cela est. Vous avez écrit.

ROSINE avec embarras.

Il serait assez plaisant que vous eussiez le projet de m'en faire convenir.

BARTHOLO lui prenant la main droite.

Moi ! point du tout ; mais votre doigt encore taché d'encre ! Hein ? rusée signora !

ROSINE à part.

Maudit homme!

BARTHOLO lui tenant toujours la main.

Une femme se croit bien en sûreté, parce qu'elle est seule.

ROSINE

Ah! sans doute... La belle preuve!... Finissez donc, monsieur, vous me tordez le bras. Je me suis brûlée en chiffon-

liant autour de cette bougie ; et Ton m'a toujours dit qu'il fallait aussitôt tremper dans l'encre : c'est ce que j'ai fait.

BARTHOLO

C'est ce que vous avez fait ? Voyons donc si un second témoin confirmera la déposition du premier. C'est ce cahier de papier où je suis certain qu'il y avait six feuilles \ car je les compte tous les matins, aujourd'hui encore.

ROSINE à part.

Oh! imbécile!...

BARTHOLO comptant. Trois , quatre , cinq. . .

ROSINE

La sixième...

BARTHOLO

Je vois'bien qu'elle n'y est pas , la sixième.

ROSINE baissant les yeux.

La sixième ? Je l'ai employée à faire un cornet pour des ôonbons que j'ai envoyés à la petite Figaro.

BARTHOLO

À la petite Figaro? Et la plume qui était toute neuve, comment est-elle devenue noire? Est-ce en écrivant l'adresse de la petite Figaro ?

ROSINE

(A part.) Cet homme a un instinct de jalousie!... (Haut.) Elle m'a servi à retrâcer une fleur effacée sur la veste que je vous brode au tambour.

BARTHOLO

Que cela est édifiant ! Pour qu'on vous crût , mon enfant , il faudrait ne pas rougir en déguisant coup sur coup la vérité ; mais c'est ce que vous ne savez pas encore.

ROSINE

Eh ! qui ne rougirait pas, monsieur, de voir tirer des conséquences aussi malignes des choses le plus innocemment faites ?

BARTHOLO

Certes , j'ai tort. Se brûler le doigt , le tremper dans l'encre , faire des cornets aux bonbons pour la petite Figaro , et dessiner ma veste au tambour! quoi de plus innocent? Mais que de mensonges entassés pour cacher un seul fait!... Je suis seule, on ne me voit point ; je pourrai mentir à mon aise. Mais le bout du doigt reste noir , la plume est tachée , le papier manque ! On ne saurait penser à tout. Bien certainement , signora, quand j'irai par la ville, un bon double tour me répondra de vous.

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