ACTE I, SCÈNE VII
DRINK
Sans lui et sans un vieux procès qu'on a déterré je ne s&is où, aurait-on trouvé un prétexte à ce voyage?
LE COMTE
Surcroît d'embarras ! Et elles sont ici ?
DRINK
D'hier au soir.
LE COMTE
Que dit-on de mon absence ?
Mademoiselle a beaucoup pleuré.
LE COMTE
Ah ! je suis plus affligé qu'elle. Mais n'a-t-il rien percé du projet de mariage ?
DRINK
Oh i le diable gagne trop à vos desseins pour y nuire.
LE COMTE avec humeur.
Je crois que le maraud s'ingère....
DRINK
Parlons , milord, sans vous fâcher. Voilà une fille de condition qui croit être votre femme.
LE COMTE
Ef qui ne l'est pas , veux-tu dire ?
DRINK
Et qui ne peut tarder à être instruite que vous en épousez une autre. Quand je pense à ce dernier trait , après le diabolique artifice qui l'a fait tomber dans nos griffes... Un contrat supposé, des registres contrefaits, un ministre de votre façon, . . Dieu sait... Tous les rôles distribués à chacun de nous, et joués... Quand je me rappelle la confiance de cette tante, la piété de la nièce pendant la ridicule cérémonie , et dans votre chapelle encore... Non, je crois aussi fermement qu'il n'y aura jamais pour vous , ni pour votre intendant qui fit le ministre , ni pour nous qui servîmes de témoins... .
LE COMTÉ fait un geste furieux qui coupe la parole à Drink , et après une petite pause dit froidement.
Monsieur Drink , vous êtes le plus sot coquin que je connaisse. (11 tire sa bourse et la lui donne.) VOUS n'êtes plus à moi* sortez : mais si la moindre indiscrétion...
Est-ce que j'ai jamais manqué à milord ?
LE COMTE
Je déteste les valets raisonneurs , et je me défie des fripon ? scrupuleux.
3 fi
EUGENIE,
DRINK
Eli bien , je ne dirai plus un seul mot : usez de moi comme il vous plaira. Mais pour la demoiselle, en vérité c'est dommage.
LE COMTE
Vous faites l'homme de bien; mais à la vue de l'or, votre conscience s'apaise... Je ne suis pas votre dupe.
DRINK
Si vous le croyez , mon maître, voilà la bourse.
LE COMTE refusant de la prendre.
Cela suffît : mais qu'il ne vous arrive jamais... Approchez. Puisqu'on ne sait rien de ce fatal mariage...
DRINK
Fatal ! qui vous force à le conclure ?
LE COMTE
Le roi qui a parlé , mon oncle qui presse ; des avantages qu'on ne rencontre pas deux fois en la vie. ( A part. ) Et, plus que tout, la honte que j'aurais de dévoiler mon odieuse conduite.
Mais comment cacher ici... ?
LE COMTE rêvant.
Oh! je... Quand une fois je serai marié... Et puis, elles ne verront personne... Cette maison, quoique assez près de mon hôtel , est dans un quartier perdu... Je ferai en sorte qu'elles repartent bientôt. Va toujours m'annoncer , cette visite préviendra les soupçons...
DRINK se retournant.
Les soupçons! Qui diable oserait seulement penser ce que nous exécutons nous autres ?
LE COMTE
il a raison. (Il le rappelle. ) Écoute , écoute.
DRINK
Milord?
LE COMTE à lui-même en se promenant.
Je crois que la tête a tourné en même temps à tout le monde. (A Drink.) Ont-elles déjà reçu des lettres?
DRINK
Pas encore.
LE COMTE à lui-même en se promenant.
C'est mon intendant... Parce qu'il est prêt à rendre Pâme... Il me mande... Il me fait une frayeur avec ses remords... Le malheureux!... Après m'avoir lui-même jeté dans tous ces embarras... Je crains qu'avant de mourir il ne me joue le tour d'écrire ici la vérilé. (A Drink .) Tu iras toi-même à la poste.