‹ Théatre de Beaumarchais (volume 3)Chapitre 18 sur 487 · ACTE I, SCÈNE VII · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE VII

DRINK

Sans lui et sans un vieux procès qu'on a déterré je ne s&is où, aurait-on trouvé un prétexte à ce voyage?

LE COMTE

Surcroît d'embarras ! Et elles sont ici ?

DRINK

D'hier au soir.

LE COMTE

Que dit-on de mon absence ?

Mademoiselle a beaucoup pleuré.

LE COMTE

Ah ! je suis plus affligé qu'elle. Mais n'a-t-il rien percé du projet de mariage ?

DRINK

Oh i le diable gagne trop à vos desseins pour y nuire.

LE COMTE avec humeur.

Je crois que le maraud s'ingère....

DRINK

Parlons , milord, sans vous fâcher. Voilà une fille de condition qui croit être votre femme.

LE COMTE

Ef qui ne l'est pas , veux-tu dire ?

DRINK

Et qui ne peut tarder à être instruite que vous en épousez une autre. Quand je pense à ce dernier trait , après le diabolique artifice qui l'a fait tomber dans nos griffes... Un contrat supposé, des registres contrefaits, un ministre de votre façon, . . Dieu sait... Tous les rôles distribués à chacun de nous, et joués... Quand je me rappelle la confiance de cette tante, la piété de la nièce pendant la ridicule cérémonie , et dans votre chapelle encore... Non, je crois aussi fermement qu'il n'y aura jamais pour vous , ni pour votre intendant qui fit le ministre , ni pour nous qui servîmes de témoins... .

LE COMTÉ fait un geste furieux qui coupe la parole à Drink , et après une petite pause dit froidement.

Monsieur Drink , vous êtes le plus sot coquin que je connaisse. (11 tire sa bourse et la lui donne.) VOUS n'êtes plus à moi* sortez : mais si la moindre indiscrétion...

Est-ce que j'ai jamais manqué à milord ?

LE COMTE

Je déteste les valets raisonneurs , et je me défie des fripon ? scrupuleux.

3 fi

EUGENIE,

DRINK

Eli bien , je ne dirai plus un seul mot : usez de moi comme il vous plaira. Mais pour la demoiselle, en vérité c'est dommage.

LE COMTE

Vous faites l'homme de bien; mais à la vue de l'or, votre conscience s'apaise... Je ne suis pas votre dupe.

DRINK

Si vous le croyez , mon maître, voilà la bourse.

LE COMTE refusant de la prendre.

Cela suffît : mais qu'il ne vous arrive jamais... Approchez. Puisqu'on ne sait rien de ce fatal mariage...

DRINK

Fatal ! qui vous force à le conclure ?

LE COMTE

Le roi qui a parlé , mon oncle qui presse ; des avantages qu'on ne rencontre pas deux fois en la vie. ( A part. ) Et, plus que tout, la honte que j'aurais de dévoiler mon odieuse conduite.

Mais comment cacher ici... ?

LE COMTE rêvant.

Oh! je... Quand une fois je serai marié... Et puis, elles ne verront personne... Cette maison, quoique assez près de mon hôtel , est dans un quartier perdu... Je ferai en sorte qu'elles repartent bientôt. Va toujours m'annoncer , cette visite préviendra les soupçons...

DRINK se retournant.

Les soupçons! Qui diable oserait seulement penser ce que nous exécutons nous autres ?

LE COMTE

il a raison. (Il le rappelle. ) Écoute , écoute.

DRINK

Milord?

LE COMTE à lui-même en se promenant.

Je crois que la tête a tourné en même temps à tout le monde. (A Drink.) Ont-elles déjà reçu des lettres?

DRINK

Pas encore.

LE COMTE à lui-même en se promenant.

C'est mon intendant... Parce qu'il est prêt à rendre Pâme... Il me mande... Il me fait une frayeur avec ses remords... Le malheureux!... Après m'avoir lui-même jeté dans tous ces embarras... Je crains qu'avant de mourir il ne me joue le tour d'écrire ici la vérilé. (A Drink .) Tu iras toi-même à la poste.

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