‹ Théatre de Beaumarchais (volume 3)Chapitre 191 sur 487 · ACTE III , SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE III , SCÈNE V

FIGARO

Comme il vous plaira , monsieur.

BARTHOLO

Vous le prenez bien haut , monsieur ! Sachez que quand je dispute avec un fat , je ne lui cède jamais.

FIGARO lui tourne le dos.

Nous différons en cela , monsieur ; moi , je lui cède toujours.

BARTHOLO

Hein? qu'est-ce qu'il dit donc, bachelier?

C'est que vous croyez avoir affaire à quelque barbier de village, et qui ne sait manier que le rasoir? Apprenez , monsieur , que j'ai travaillé de la plume à Madrid , et que sans les envieux...

BARTHOLO

Eh ! que n'y restiez- vous, sans venir ici changer de profession ?

FIGARO

On fait comme on peut. Mettez- vous à ma place.

BARTHOLO

Me mettre à votre place î Ah ! parbleu , je dirais de belles sottises !

FIGARO

Monsieur, vous ne commencez pas trop mal;>je m'en rapporte à votre confrère qui est là rêvassant.

LE COîÇTE revenant à lui.

Je... je ne suis pas le confrère de monsieur.

EIGARO.

Non! Vous voyant ici à consulter, j'ai pensé que vous poursuiviez le même objet.

BARTHOLO en colère.

Enfin , quel sujet vous amène ? Y a-t-il quelque lettre à remettre encore ce soir à madame? Parlez, faut-il que je me retire?

FIGARO

Comme vous rudoyez le pauvre monde. Eli ! parbleu, monsieur, je viens vous raser, voilà tout : n'est-ce pas aujourd'hui votre jour?

BARTHOLO

Vous reviendrez tantôt.

FIGARO

Ah /oui, revenir! Toute la garnison prend médecine de

main matin , j'en ai obtenu l'entreprise par mes protections. Jugez donc comme j'ai du temps à perdre! Monsieur passet-ii chez lui?

BARTHOLO

Non, monsieur ne passe point chez lui Eh mais... qui empêche qu'on ne me rase ici?

ROSINE avec dédain.

Vous êtes honnête! Et pourquoi pas dans mon appartement ?

BARTIIOLO.

Tu te fâches ! Pardon , mon enfant , tu vas achever de prendre ta leçon; c'est pour ne pas perdre un instant le plaisir de f entendre.

FIGARO bas au comte.

On ne le tirera pas d'ici ! (Haut.) Allons, l'Éveillé? la Jeunesse? le bassin, de l'eau, tout ce qu'il faut à monsieur.

BÀRTHOLO.

Sans doute, appelez-les! Fatigués, harassés, moulus de votre façon , n'a-t-il pas fallu les faire coucher !

Eh bien! j'irai tout chercher. N'est-ce pas, dans votre chambre? (Bas au comte.) Je vais l'attirer dehors.

BARTHOLO détache son trousseau de clefs, et dit par réflexion : Non , non, j'y vais moi-même. (Bas au comte en s'en allant.)

Ayez les yeux sur eux , je vous prie.

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