‹ Théatre de Beaumarchais (volume 3)Chapitre 220 sur 487 · ACTE I, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IV

MARCELINE

Elle languit.

BARTHOLO

Et de quoi?

MARCELINÉ.

Son mari la néglige.

RARTHOLO avec joie.

Ah , le digne époux qui me venge !

MARCELINE

On ne sait comment définir le comte ; il est jaloux et libertin.

BARTHOLO

Libertin par ennui , jaloux par vanité; cela va sans dire.

MARCELINE

Aujourd'hui , par exemple , il marie notre Suzanne à son Figaro , qu'il comble en faveur de cette Union ....

BARTHOLO

Que son excellence a rendue nécessaire ?

MARCELINE

Pas tout à fait ; mais dont son excellence voudrait égayer en secret l'événement avec l'épousée...

De monsieur Figaro ? C'est un marché qu'on peut conclure avec lui.

MARCELINE

Bazile assure que non.

BARTHOLO

Cet autre maraud loge ici ? C'est une caverne ! Hé qu'y fait-il?

MARCELINE

Tout le mal dont il est capable. Mais le pis que j'y trouve est cette ennuyeuse passion qu'il a pour moi depuis si longtemps.

BARTHOLO

Je me serais débarrassée vingt fois de sa poursuite.

MARCELINE

De quelle manière ?

BARTHOLO

En l'épousant.

MARCELINE

Railleur fade et cruel, que ne vous débarrassez-vous de la mienne à ce prix? Ne le devez-vous pas ? Où est le souvenir de vos engagements ? Qu'est devenu celui de notre petit Emmanuel, ce fruit d'un amour oublié, qui devait nous conduire à des noces ?

LE MARIAGE DE FIGARO

BARTIIOLO ôtant son chapeau.

Est-ce pour écouter ces sornettes que vous m'avez fait venir de Séville? Et cet accès d'hymen qui vous reprend si vif...

MARCELINE

Eh bien ! n'en parlons plus. Mais si rien n'a pu vous porter à la justice de m'épouser, aidez -moi donc du moins à en épouser un autre.

BARTIIOLO

Ah ! volontiers : parlons. Mais quel mortel abandonné du ciel et des femmes... ?

MARCELINE

YXï ! qui pourrait-ce être, docteur, sinon le beau , le gai , l'aimable Figaro ?

BÀRTHOLO,

Ce fripon-là ?

MARCELINE

Jamais fâché, toujours en belle humeur; donnant le présent a la joie, et s'inquiétant de l'avenir tout aussi peu que du passé; sémillant, généreux ! généreux...

BARTIIOLO.

Comme un voleur.

MARCELINE

Comme un seigneur. Charmant enfin : mais c'est le plus grand monstre !

BARTHOLO

Et sa Suzanne?

MARCELINE

Elle ne l'aurait pas, la rusée, si vous vouliez m 'aider, mon petit docteur, à faire valoir un engagement que j'ai de lui,

BARTHOLO

Le jour de son mariage ?

MARCELINE

On en rompt de plus avancés : et si je ne craignais d'éventer un petit secret des femmes ! . . . .

BARTHOLO. '

En ont-elles pour le médecin du corps?

MARCELINE

Ah ! vous savez que je n'en ai pas pour vous. Mon sexe est ardent, mais timide : un certain charme a beau nous attirer vers le plaisir, la femme la plus aventurée sent en elle une voix qui lui dit : Sois belle si tu peux, sage si tu veux ; mais sois considérée, il le faut. Or, puisqu'il faut cire au moins ^considérée, que toute femme en sent l'importance , effrayons d'abord la Suzanne sur la divulgation des oiïrcs qu'on lui fait.

Page 1