‹ Théatre de Beaumarchais (volume 3)Chapitre 273 sur 487 · ACTE 111, SCENE Y · texte numérisé non relu

ACTE 111, SCENE Y

FIGARO. L

Je n'ai rien dit.

LE COMTE répète.

Ma femme , s'il vous plaît ?

FIGARO

C'est... la fin d'une réponse que je faisais : allez le dire à ma femme, s'il vous plaît.

LE COMTE se promène.

Sa femme Je voudrais bien savoir quelle affaire peut arrêter monsieur, quand je le fais appeler ?

FIGARO Ceignant d'assurer son habillement.

Je m'étais sali sur ces couches en tombant ; je me, changeais.

LE COMTE

Faut-il une heure?

FIGARO

îl faut le temps.

LE COMTE

Les domestiques ici... sont plus longs à s'habiller que les maîtres !

FIGARO

C'est qu'ils n'ont point de valets pour les y aider.

LE COMTE

... Je n'ai pas trop compris ce qui vous avait forcé tantôt de courir un danger inutile, en vous jetant...

FIGARO

Un danger! on dirait que je me suis engouffré tout vivant...

LE COMTE

Essayez de me donner le change en feignant de le prendre , insidieux valet! Vous entendez fort bien que ce n'est pas le danger qui m'inquiète, mais le motif.

FIGARO

Sur un faux avis, vous arrivez furieux, renversant tout, tomme le torrent de la Morena; vous cherchez un homme, il vous le faut, ou vous allez briser les portes, enfoncer les îloisons ! Je me trouve là par hasard : qui sait dans votre emportement si...

LE COMTE interrompant.

Vous pouviez fuir par l'escalier.

FIGARO

Et vous, me prendre au corridor.

LE COMTE en colère.

Au corridor! (4 part.) Je m'emporte , et nuis à ce- que je veux savoir.

LE MARIA CE DE FIGARO

FIGARO à pari.

Voyons-le venir, et jouons serré.

LE COMTE radouci.

Ce n'est pas ce que je voulais dire; laissons cela. J'avais... oui , j'avais quelque envie de t'emmener à Londres, courrier de dépêches... mais, toutes réflexions faites...

FIGARO

Monseigneur a changé d'avis ?

LE COMTE

Premièrement , tu ne sais pas l'anglais.

FIGARO

Je sais God-dam.

LE COMTE

Je n'entends pas.

Je dis que je sais God-dam.

LE COMTE

Hé hien ?

FIGARO

Diable ! c'est une belle langue que l'anglais , il en faut peu pour aller loin. Avec God-dam, en Angleterre, on ne manque de rien nulle part. — Voulez-vous tâter d'un bon poulet gras ? entrez dans une taverne , et faites seulement ce geste au garçon (il tourne la broche). God-dam ! on vous apporte un pied de bœuf salé sans pain. C'est admirable! Aimez-vous à boire un coup d'excellent bourgogne ou de clairet ? rien que celuici (il débouche une bouteille). God-daml OU VOUS Sert un pot

de bière, en bel étain , la mousse aux bords. Quelle satisfaction ! Rencontrez-vous une de ces jolies personnes qui vont trottant menu , les yeux baissés , coudes en arrière , et tortillant un peu des hanches? mettez mignardement tous les doigts unis sur la bouche. Ah ! God-dam ! elle vous sangle un soufflet de crocheteur : preuve qu'elle entend. Les Anglais , à la vérité, ajoutent par-ci, par-là, quelques autres mots en conversant ; mais il est bien aisé de voir que God-dam est le fond de la langue ; et si monseigneur n'a pas d'autre motif de me laisser en Espagne...

LE COMTE à part.

Il veut venir à Londres ; elle n'a pas parlé.

FIGARO à part.

Il croit que je ne sais rien ; travaillons-le un peu dans son genre.

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