‹ Théatre de Beaumarchais (volume 3)Chapitre 288 sur 487 · BARTHOLO, ANTONIO, SUZANNE, FIGARO, MARCELINE, BRID'OISON · texte numérisé non relu

BARTHOLO, ANTONIO, SUZANNE, FIGARO, MARCELINE, BRID'OISON

ANTONIO voyant Figaro embrasser sa mère , dit à Suzanne. Ah oui, payer! Tiens, tiens.

SUZANNE se retourne.

J'en vois assez : sortons, mon oncle.

FIGARO l'arrêtant.

Non, s'il vous plaît. Que vois-tu donc ?

SUZANNE

Ma bêtise et ta lâcheté.

FIGARO

Pas plus de l'une que de l'autre.

SUZANNE en colère.

Et que tu l'épouses à gré, puisque tu la caresses.

FIGARO gaiement.

Je la caresse , mais je ne l'épouse pas.

(Suzanne veut sortir, Figaro la retient.) SUZANNE, lui donne un soufflet.

Vous êtes bien insolent d'oser me retenir !

FIGARO à la compagnie.

C'est-il çà de l'amour? Avant de nous quitter , je t'en supplie, envisage bien cette chère femme-là.

SUZANNE

Je la regarde.

FIGARO

Et tu la trouves... ?

LE MARIAGE DE FIGARO

SUZANNE

Affreuse.

FIGARO

Et vive la jalousie î elle ne vous marchande pas..

MARCELINE les bras ouverts.

Embrasse ta mère, ma jolie Suzannette. Le méchant qui te tourmente est mon fils.

SUZANNE court à elle.

VOUS, Sa mère! (Elles restent dans les bras l'une de l'autre.)

•C'est donc de tout à l'heure?

FIGARO

... Que je le sais.

MARCELINE exallée.

Non , mon cœur entraîné vers lui ne se trompait que de motif; c'était le sang qui me parlait.

FIGARO

Et moi le bon sens, ma mère , qui me servait d'instinct quand je vous refusais; car j'étais loin de vous haïr , témoin l'argent...

MARCELINE lui remet un papier.

il est à toi : reprends ton billet, c'est ta dot.

SUZANNE lui jette la bourse.

Prends encore celle-ci.

FIGARO

Grand merci.

MARCELINE exaltée.

Fille assez malheureuse , j'allais devenir la plus misérable des femmes, et je suis la plus fortunée des mères ! Embrassezmoi, mes deux, enfants ; j'unis en vous toutes mes tendresses. Heureuse autant que je puis l'être, ah ! mes enfants, combien je vais aimer î

FIGARO attendri, avec vivacité.

Arrête donc, chère mère ! arrête donc ! voudrais-tu voir se fondre en eau mes yeux noyés des premières larmes que je connaisse? Elles sont de joie, au moins. Mais quelle stupidité! j'ai manqué d'en être honteux : je les sentais couler entre mes doigts : regarde (Il montre ses doigts écartés.) ; et je les retenais bêtement! Va te promener, la honte! je veux rire et pleurer en même temps ; on ne sent pasi deux fois ce que j'éprouve. (Il embrasse sa mère d'un côté, Suzanne de l'autre.) MARCELINE.

O mon ami !

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