‹ Théatre de Beaumarchais (volume 3)Chapitre 303 sur 487 · ACTE IV, SCÈNE ÏX · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE ÏX

voile, un autre bouquet blanc, semblables aux premiers, pour MAR- CELINE

FIGARO donne la main à MARCELINE , comme celui qui doit la remettre au DOCTEUR , lequel ferme la marche, un gros bouquet au côté. Les jeunes filles, en passant devant le comte, remettent à ses valets tous les ajustements destinés à SUZANNE et à MARCELINE.

LES PAYSANS ET LES PAYSANNES s'étant rangés sur deux colonnes à chaque côté du salon, on danse une reprise du fandango (air noté) avec des castagnettes: puis on joue la. ritournelle du duo, pendant laquelle ANTONIO conduit SUZANNE au COMTE ; elle se met à genoux devant lui.

Pendant que lè comte lui pose la toque , le voile, et lui donne le bouquet, deux jeunes filles chantent le duo suivant. (Air noté.)

Jeune épouse, chantez les bienfaits et la gloire

D'un maître qui renonce aux droits qu'il eut sur vous :

Préférant au plaisir la plus noble victoire,

Il tous rend chaste et pure aux mains de votre époux.

SUZANNE est à genoux , et, pendant lé dernier vers du duo , elle tire le comte par son manteau et lui montre le billet qu'elle tient : puis elle porte la main qu'elle a du côté des spectateurs à sa tète, où le comte a l'air d'ajuster sa toque; elle lui donne le billet.

LE COMTE le met furtivement dans son sein j on achève de chante r le duo; la fiancée se relève , et lui fait une grande révérence.

FIGARO vient la recevoir des mains du comte, et se retire avec elle à l'autre côté du salon, près de Marceline.

(On danse une autre reprise du fandango pendant ce temps.)

Le COMTE, pressé de lire ce qu'il a reçu, s'avance au bord du théâtre et tire le papier de son sein; mais en le sortant il fait le geste d'un homme qui s'est cruellement piqué le doigt; il le secoue, le presse, le suce, et, regardant le papier cacheté d'une épingle, il dit :

LE COMTE

(Pendant qu'il parle , ainsi que Figaro , l'orchestre joue pianissimo.)

Diantre soit des femmes, qui fourrent des épingles partout! (11 la jette à terre, puis il lit le billet et le baise.)

FïGARO, qui a tout vu , dit à sa mère et à Suzanne :

C'est un billet doux, qu'une fillette aura glissé dans sa main en passant. Il était cacheté d'une épingle, qui l'a outrageusement piqué.

La danse reprend: le comte qui a lu le billet le retourne ; il y voit l'invitation de renvoyer le cachet pour réponse. Il cherche à terre, et retrouve enfin l'épingle, qu'il attache à sa manche.

LE MARIAGE DE FIGARO

FIGARO à Suzanne et à Marceline.

D'un objet aimé tout est cher. Le voilà qui ramasse l'épingle. Ah! c'est une drôle de tête !

Pendant ce temps, Suzanne a des signes d'intelligence avec la comtesse. La danse finit ; la ritournelle du duo recommence.

FIGARO conduit Marceline au comte, ainsi qu'on a conduit Suzanne ; à l'instant où le comte prend la toque , et où l'on va chanter le duo , on est interrompu par les cris suivants : L'HUISSIER criant à la porte.

Arrêtez donc, messieurs! vous ne pouvez entrer tous... Ici les gardes ! les gardes ! (Les gardes vont vite à cette porte.) LE COMTE se levant.

Qu'est-ce qu'il y a ?

l'huissier.

Monseigneur, c'est monsieur Bazile entouré d'un village entier, parce qu'il chante en marchant.

LE COMTE

Qu'il entre seul.

LA COMTESSE

Ordonnez-moi de me retirer.

Je n'oublie pas votre complaisance.

LA COMTESSE

Suzanne !... Elle reviendra. (A part à Suzanne.) Allons changer d'habits. (Elle sort avec Suzanne.)

MARCELINE

Il n'arrive jamais que pour nuire.

FIGARO

Ah ! je m'en vais vous le faire déchanter.

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