‹ Théatre de Beaumarchais (volume 3)Chapitre 393 sur 487 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

FIGARO seul, agité , regardant de côté et d'autre.

Elle me dit : « viens à six heures au cabinet ; c'est le plus sûr pour nous parler... » Je brusque tout dehors, et je rentre en Sueur ! OÙ est-elle ? ( 11 se promène en s'essuyant. ) Ah ! parbleu, je ne suis pas fou ! je les ai vus sortir d'ici , monsieur le tenant sous le bras!... Eh bien! pour un échec, abandonnons-nous la partie?... Un orateur fuit-il lâchement la tribune pour un argument tué sous lui ? Mais quel détestable endormeur ! ( Vivement. ) Parvenir à brûler les lettres de madame , pour qu'elle ne voie pas qu'il en manque ; et se tirer d'un éclaircissement...! C'est l'enfer concentré, tel que Milton nous l'a dépeint! ( D'un ton badin. ) J'avais raison tantôt, dans ma colère : Honoré Bégearss est le diable que les Hébreux nommaient Légion ; et , si l'on y regardait bien , on verrait le lutin avoir le pied fourchu , seule partie , disait ma mère , que les démons ne peuvent déguiser. (11 rit. ) Ah ! ah ! ah ! ma gaieté me revient; d'abord , parce que j'ai mis l'or du Mexique en sûreté chez Fal ; ce qui nous donnera du temps

( Il frappe d'un billet sur sa main ) ; et puis... Docteur en toute

hypocrisie ! vrai major d'infernal Tartufe ! grâce au hasard qui régit tout , à ma tactique, à quelques louis semés, voici qui me promet une lettre de toi , où , dit-on, tu poses le masque, à ne rien laisser désirer! (11 ouvre le billet et dit : ) Le coquin qui l'a lue en veut cinquante louis?... eh bien! il les aura, si la lettre les vaut; une année de mes gages sera bien employée , si je parviens à détromper un maître à qui nous devons tant... Mais où es-tu , Suzanne, pour en rire ? 0 che piacere /...A demain donc ! car je ne vois pas que rien périclite ce soir... Et pourquoi perdre un temps? Je m'en suis toujours repenti. . (Très-vivement. ) Point de délai ; courons attacher le pétard ; dormons dessus : la nuit porte conseil , et demain matin nous verrons qui des deux fera sauter l'autre.

LA MÈRE COUPABLE

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