‹ Théatre de Beaumarchais (volume 3)Chapitre 398 sur 487 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

LÉON, BÉGEARSS

LÉON

Monsieur Bégearss, je suis au désespoir 1

BÉGEARSS d'un ton protecteur.

Qu'est-il arrivé , jeune ami ?

LÉON

Mon père vient de me signifier, avec une dureté...! que j'eusse à faire , sous deux jours , tous les apprêts de mon départ pour Malte. Point d'autre train , dit-il , que Figaro , qui m'accompagne , et un valet qui courra devant nous.

BÉGEARSS

Cette conduite est en effet bizarre pour qui ne sait pas son secret ; mais nous qui l'avons pénétré , notre devoir est de le plaindre. Ce voyage est le fruit d'une frayeur bien excusable: Malte et vos vœux ne sont que le prétexte ; un amour qu'il redoute est son véritable motif.

LÉON avec douleur.

Mais, mon ami, puisque vous l'épousez?

BÉGEARSS confidentiellement.

Si son frère le croit utile à suspendre un fâcheux départ !... Je ne verrais qu'un seul moyen...

LÉON

O mon ami , dites-le-moi !

Ce serait que madame votre mère vainquît cette timidité

LA MÈRE COUPABLE

qui l'empêche , avec lui , d'avoir mie opinion à elle ; car sa douceur vous nuit bien plus que ne ferait un caractère trop ferme. — Supposons qu'on lui ait donné quelque prévention injuste : qui a le droit , comme une mère , de rappeler un père à la raison? Engagez-la à le tenter,... non pas aujourd'hui, mais. . . demain , et sans y mettre de faiblesse.

LÉON

Mon ami , vous avez raison : cette crainte est son vrai motif. Sans doute il n'y a que ma mère qui puisse le faire changer. La voici qui vient avec celle... que je n'ose plus adorer. (Avec douleur.) o mon ami ! rendez-la bien heureuse !

BÉGEARSS caressant.

En lui parlant tous les jours de son frère.

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