‹ Théatre de Beaumarchais (volume 3)Chapitre 402 sur 487 · LA COMTESSE, LÉON, FLORESTINE · texte numérisé non relu

LA COMTESSE, LÉON, FLORESTINE

LA COMTESSE à Léon.

Nous , mon fils, ne sachons jamais ce que nous devons ignorer. Tu pleures , Florestine !

FLORESTINE pleurant.

Ayez pitié de moi , madame ! Eh! comment soutenir autant d'assauts dans un seul jour? A peine j'apprends qui je suis, qu'il faut renoncer à moi-même, et me livrer... Je meurs de douleur et d'effroi. Dénuée d'objections contre monsieur Bégearss s

je sens mon cœur à l'agonie en pensant qu'il peut devenir

Cependant il le faut ; il faut me sacrifier au bien de ce frère chéri ; à son bonheur, que je ne puis plus faire. Vous dites que je pleure ! Ah 1 je fais plus pour lui que si je lui donnais ma vie ! Maman , ayez pitié de nous ! bénissez vos enfants ! ils sont bien malheureux! (Elle se jette à genoux; Léon en fait autant. ) LA COMTESSE leur imposant les mains.

Je vous bénis, mes chers enfants. Ma Florestine, je t'adopte. Si tu savais à quel point tu m'es chère! Tu seras heureuse, ma fille , et du bonheur de la vertu ; celui-là peut dédommager des autres. (Ils se relèvent, )

LA MÈRE COUPABLE

FLORESTINE

Mais croyez-vous , madame , que mon dévouement le ramène à Léon , à son fils? car il ne faut pas se flatter : son injuste prévention va quelquefois jusqu'à la haine.

Chère fille , j'en ai l'espoir.

LÉON

C'est l'avis de monsieur Bégearss : il me l'a dit ; mais il m'a dit aussi qu'il n'y a que maman qui puisse opérer ce miracle. Aurez-vous donc la force de lui parler en ma faveur?

LA COMTESSE

Je l'ai tenté souvent , mon fils, mais sans aucun fruit apparent.

LÉON

O ma digne mère ! c'est votre douceur qui m'a nui. La crainte de le contrarier vous a trop empêchée d'user de la juste influence que vous donnent votre vertu et le respect profond dont vous êtes entourée. Si vous lui parliez avec force , il ne vous résisterait pas.

LA COMTESSE

Vous le croyez , mon fils? je vais l'essayer devant vous. Vos reproches m'affligent presque autant que son injustice. Mais, pour que vous ne gêniez pas le bien que je dirai de vous, mettez-vous dans mon cabinet ; vous m'entendrez de là plaider une cause si juste : vous n'accuserez plus une mère de manquer d'énergie quand il faut défendre son fils ! ( Elle sonne. } Florestine , la décence ne te permet pas de rester : va t'enfermer; demande au ciel qu'il m'accorde quelque succès, et rende enfin la paix à ma famille désolée. ( Florestine sort. )

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