SCÈNE III
ATAR, CALPIGI.
ATAR en entrant, violemment.
Laissez-moi , Calpigi !
La fureur vous égare.
Mon maître! ô roi d'Ormus! grâce, grâce à Tarare i...
ATAR
Tarare ! encor Tarare ! Un nom abject et bas Pour ton organe impur a donc bien des appas ?
CALPIGI.
Quand sa troupe nous prit , au fond d'un antre sombre Je défendais mes jours contre ces inhumains. Blessé, prêt à périr, accablé par le nombre, Cet homme généreux m'arracha de leurs mains. Je lui dois d'être à vous : Seigneur, faites-lui grâce !
ATAR
Qui, moi? je souffrirais qu'un soldat eût l'audace D'être toujours heureux, quand son roi ne l'est pas?
CALPIGI.
A. travers le torrent d'Arsace, Il vous a sauvé du trépas; Et vous l'avez nommé chef de votre milice.
528 TARARE
A l'instant môme encore un important service...
ATAR
Ah ! combien je l'ai regretté !
Son orgueilleuse humilité,
Le respect d'un peuple hébété , Son air, jusqu'à son nom-.. Cet homme est mon supplice. Où trouve-t-il , dis-moi, cette félicité ? Est-ce dans le travail , ou dans la pauvreté ?
Dans son devoir. Il sert avec simplicité
Le ciel , les malheureux , la patrie, et son maître.
ATAR
Lui? c'est un humble fastueux, Dont l'orgueil est de le paraître :
L'honneur d'être cru vertueux Lui tient lieu du bonheur de l'être :
Il n'a jamais trompé mes yeux.
CALPIGI.
Vous tromper, lui, Tarare ?
ATAR
Ici la loi des brames Permet à tous un grand nombre de femmes ; Il n'en a qu'une, et s'en croit plus heureux. Mais nous l'aurons cet objet de ses vœux ; En la perdant, il gémira peut-être.
CALPIGI.
Il en mourra !
ATAR
Tant mieux. Oui , le fils du grand prêtre , Altamort , a reçu mon ordre cette nuit. Il vole à la rive opposée , Avec sa troupe déguisée :
En son absence, il va dévaster son réduit.
Il ravira surtout son Astasie , Ce miracle , dit-on , des beautés de l'Asie.
CALPIGI.
Eh ! quel est donc son crime , hélas?
D'être heureux, Calpigi , quand son roi ne l'est pas ; De faire partout ses conquêtes Des cœurs que j'avais autrefois...
CALPIGI.
Ah ! pour tourner toutes les têtes ,