‹ Théatre de Beaumarchais (volume 3)Chapitre 437 sur 487 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

ATAR, CALPIGI.

ATAR en entrant, violemment.

Laissez-moi , Calpigi !

La fureur vous égare.

Mon maître! ô roi d'Ormus! grâce, grâce à Tarare i...

ATAR

Tarare ! encor Tarare ! Un nom abject et bas Pour ton organe impur a donc bien des appas ?

CALPIGI.

Quand sa troupe nous prit , au fond d'un antre sombre Je défendais mes jours contre ces inhumains. Blessé, prêt à périr, accablé par le nombre, Cet homme généreux m'arracha de leurs mains. Je lui dois d'être à vous : Seigneur, faites-lui grâce !

ATAR

Qui, moi? je souffrirais qu'un soldat eût l'audace D'être toujours heureux, quand son roi ne l'est pas?

CALPIGI.

A. travers le torrent d'Arsace, Il vous a sauvé du trépas; Et vous l'avez nommé chef de votre milice.

528 TARARE

A l'instant môme encore un important service...

ATAR

Ah ! combien je l'ai regretté !

Son orgueilleuse humilité,

Le respect d'un peuple hébété , Son air, jusqu'à son nom-.. Cet homme est mon supplice. Où trouve-t-il , dis-moi, cette félicité ? Est-ce dans le travail , ou dans la pauvreté ?

Dans son devoir. Il sert avec simplicité

Le ciel , les malheureux , la patrie, et son maître.

ATAR

Lui? c'est un humble fastueux, Dont l'orgueil est de le paraître :

L'honneur d'être cru vertueux Lui tient lieu du bonheur de l'être :

Il n'a jamais trompé mes yeux.

CALPIGI.

Vous tromper, lui, Tarare ?

ATAR

Ici la loi des brames Permet à tous un grand nombre de femmes ; Il n'en a qu'une, et s'en croit plus heureux. Mais nous l'aurons cet objet de ses vœux ; En la perdant, il gémira peut-être.

CALPIGI.

Il en mourra !

ATAR

Tant mieux. Oui , le fils du grand prêtre , Altamort , a reçu mon ordre cette nuit. Il vole à la rive opposée , Avec sa troupe déguisée :

En son absence, il va dévaster son réduit.

Il ravira surtout son Astasie , Ce miracle , dit-on , des beautés de l'Asie.

CALPIGI.

Eh ! quel est donc son crime , hélas?

D'être heureux, Calpigi , quand son roi ne l'est pas ; De faire partout ses conquêtes Des cœurs que j'avais autrefois...

CALPIGI.

Ah ! pour tourner toutes les têtes ,

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