‹ Théatre de Beaumarchais (volume 3)Chapitre 440 sur 487 · A.CTE I, SCÈNE V · texte numérisé non relu

A.CTE I, SCÈNE V

ÀSTASIE.

O sort affreux , dont l'horreur me poursuit ! Du sein d'une profonde nuit , Quelle clarté triste et nouvelle...

Où suis-je? Tout mon corps chancelle

SPINETTE

Dans le palais d'Atar

ATAR

Calpigi, qu'elle est belle !

ASTASIE se levant.

Dans le palais d'Atar ! Ah ! quelle indignité !

ATAR s'approche.

D'Atar qui vous adore.

ASTASIE.

Et c'est la récompense , O mon époux, de ta fidélité !

ATAR

Mes bienfaits laveront cette légère offense.

ASTASIE.

Quoi , cruel ! par cet attentat , Vous payez la foi d'un soldat Qui vous a conservé la vie !

Vous lui ravissez Astasie !

(Levant les yeux au ciel.) Grand dieu ! ton pouvoir infini Laissera-t-il donc impuni Ce crime atroce d'un parjure , Et la plus odieuse injure ?

O Brama ! dieu vengeur ! . . .

(Elle s'évanouit. Des femmes la soutiennent. On l'assied.) GALPIGI.

Quel effrayant transport !

UN ESCLAVE accourant.

Le voile de la mort a couvert sa paupière.

ATAR tirant son poignard.

Quoi ! malheureux, tu m'annonces sa mort!

Meurs toi-même. (Il le poignarde.) *

(Courant vers Astasie.)

Et vous tous, rendez à la lumière L'objet de mon funeste amour.

A sa douleur tremblez qu'il ne succombe ; Répondez-moi de son retour,

* Lisez Chardin et les autres voyageurs.

TARARE

Ou je lui fais de tous une horrible hécatombe.

ASTASlE, revenant à elle, aperçoit l'esclave renversé qu'on enlève.

Dieux! quel spectacle a glacé mes esprits!

ATAR

Je suis heureux , vous êtes ranimée.

Un lâche esclave, par ses cris ,

M'alarmait sur ma bien-aimée ; De son vil sang la terre est arrosée :

Un coup de poignard est le prix

De la frayeur qu'il m'a causée.

ASTASIE joignant les mains.

O Tarare ! ô Brama ! Brama !

(Elle retombe; on l'assied.) ATAR.

Dans le sérail qu'on la transporte :

Que cent eunuques , à sa porte ,

Attendent les ordres d'Irza *.

C'est le doux nom qu'à ma belle j'impose ; C'est monlrza, plus fraîche que la rose Que je tenais lorsqu'elle m'embrassa.

(Les esclaves noirs portent Astasie dans le sérail; tous la suivent.)

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