A.CTE I, SCÈNE V
ÀSTASIE.
O sort affreux , dont l'horreur me poursuit ! Du sein d'une profonde nuit , Quelle clarté triste et nouvelle...
Où suis-je? Tout mon corps chancelle
SPINETTE
Dans le palais d'Atar
ATAR
Calpigi, qu'elle est belle !
ASTASIE se levant.
Dans le palais d'Atar ! Ah ! quelle indignité !
ATAR s'approche.
D'Atar qui vous adore.
ASTASIE.
Et c'est la récompense , O mon époux, de ta fidélité !
ATAR
Mes bienfaits laveront cette légère offense.
ASTASIE.
Quoi , cruel ! par cet attentat , Vous payez la foi d'un soldat Qui vous a conservé la vie !
Vous lui ravissez Astasie !
(Levant les yeux au ciel.) Grand dieu ! ton pouvoir infini Laissera-t-il donc impuni Ce crime atroce d'un parjure , Et la plus odieuse injure ?
O Brama ! dieu vengeur ! . . .
(Elle s'évanouit. Des femmes la soutiennent. On l'assied.) GALPIGI.
Quel effrayant transport !
UN ESCLAVE accourant.
Le voile de la mort a couvert sa paupière.
ATAR tirant son poignard.
Quoi ! malheureux, tu m'annonces sa mort!
Meurs toi-même. (Il le poignarde.) *
(Courant vers Astasie.)
Et vous tous, rendez à la lumière L'objet de mon funeste amour.
A sa douleur tremblez qu'il ne succombe ; Répondez-moi de son retour,
* Lisez Chardin et les autres voyageurs.
TARARE
Ou je lui fais de tous une horrible hécatombe.
ASTASlE, revenant à elle, aperçoit l'esclave renversé qu'on enlève.
Dieux! quel spectacle a glacé mes esprits!
ATAR
Je suis heureux , vous êtes ranimée.
Un lâche esclave, par ses cris ,
M'alarmait sur ma bien-aimée ; De son vil sang la terre est arrosée :
Un coup de poignard est le prix
De la frayeur qu'il m'a causée.
ASTASIE joignant les mains.
O Tarare ! ô Brama ! Brama !
(Elle retombe; on l'assied.) ATAR.
Dans le sérail qu'on la transporte :
Que cent eunuques , à sa porte ,
Attendent les ordres d'Irza *.
C'est le doux nom qu'à ma belle j'impose ; C'est monlrza, plus fraîche que la rose Que je tenais lorsqu'elle m'embrassa.
(Les esclaves noirs portent Astasie dans le sérail; tous la suivent.)