ACTE II, SCÈNE VIII
A suivre une juste vengeance.
TARARE la main sur la poitrine.
Seigneur , je remplirai le double engagement De la vengeance et du commandement.
(Au peuple. )
Qui veut la gloire A la victoire Vole avec moi !
TOUS
C'est moi , c'est moi !
TARARE
Sujets , esclaves , Que les plus braves Donnent leur foi.
TOUS
C'est moi, c'est moi î.
TARARE
Ni paix , ni trêve !
L'horreur du glaive Fera la loi.
TOUS
C'est moi , c'est moi î
Qui veut la gloire A la victoire Vole avec moi l
TOUS
C'est moi , c'est moi î
ATAR à part.
Je ne puis soutenir la clameur importune
D'un peuple entier sourd à ma voix .
( Il veut descendre. ) ALTAMORT l'arrête.
Ce choix est une injure à tous tes chefs commune 11 attaque nos premiers droits.
L'arrogant soldat de fortune Doit-il aux grands dicter des lois ?
TARARE fièrement.
Apprends, fils orgueilleux des prêtres, Qu'élevé parmi les soldats , Tarare avait , au lieu d'ancêtres , Déjà vaincu dans cent combats ; (Avec un grand dédain.)
Qu'Ai tamort enfant, dans la plaine,
TARARE
Poursuivait les fleurs des chardons Que les Zéphyrs , de leur haleine , Font voler au sommet des monts.
ALTAMORT la main au sabre.
Sans le respect d'Atar , vil objet de ma haine...
TARARE bien dédaigneux.
Du destin de l'État tu prétends décider ! Fougueux adolescent , qui veux nous commander , Pour titre , ici , n'as-tu que des injures. Quels ennemis t'a-t-on vu terrasser?
Quels torrents osas-tu passer ?
Où sont tes exploits , tes blessures ?
ALTAMORT en fureur.
Toi , qui de ce haut rang brûles de t'approcher , Apprends que sur mon corps il te faudra marcher.
(Il tire sou sabre. ) ARTHENÉE troublé.
O désespoir 1 ô frénésie !
Mon fils!...
ALTAMORT plus furieux.
A ce brigand j'arracherai la vie.
TARARE froidement.
Calme ta fureur , Altamort !
Ce sombre feu , quand il s'allume , Détruit les forces , nous consume :
Le guerrier en colère est mort.
(Il tire son sabre.) ARTHENÉE s'écrie.
Le temple de nos dieux est-il donc une arène ?
ATAR se lève.
Arrêtez !
TARARE
J'obéis... (A Altamort, lui prenant la main. )
Toi , ce soir , à la plaine.
( A Galpigi, à part, pendant qu'Àtar descend de son trône.) Et toi , fidèle ami , sans fanal et sans bruit , Au verger du sérail attends-moi cette nuit. (Atar lui remet le bâton de commandement, au bruit d'une fanfare.}