ACTE III, SCÈNE IL
A plomb sur la tête Le coup est rendu :
Le bras tendu , Tarare
Pare ,
Et tient en l'air le trépas suspendu.
ATAR
Je vois qu'Altamort est perdu.
URSON.
Aveuglé par le sang , il s'agite, il chancelle. Tarare , courbé sur la selle , Pique en avant. Son fier coursier, Sentant l'aiguillon qui le perce , S'élance, et du poitrail renverse Et le cheval et le guerrier.
Tarare à l'instant saute à terre , Court à l'ennemi terrassé.
Chacun frémit , le cœur glacé Du terrible droit de la guerre
O d'un noble ennemi saint et sublime effort !
ATAR en colère.
Achève donc !
URSON.
Ne crains rien , superbe Altamort :
Entre nous la guerre est finie.
Si le droit de donner la mort Est celui d'accorder la vie, Je te la laisse de grand cœur.
Pleure longtemps ta perfidie.
ATAR
Sa perfidie?
URSON.
II s'en éloigne avec douleur.
ATAR furieux.
II est instruit.
URSON.
Inutile et vaine faveur !
Celui dont les armes trop sûres Ne firent jamais deux blessures , A peine, hélas! se retirait, Que son adversaire expirait.
ATAR
Partout il a donc l'avantage !
Ah ! mon cœur en frémit de rage !
Quand, par le combat , Altamott Voulut hier régler leur sort , Urson , je sentais bien d'avance
Qu'il allait de sa mort
Payer cette imprudence.
Sans les clameurs d'un père épouvanté , Le temple était ensanglanté :
Mais son pouvoir força le nôtre D'arrêter un crime opportun , Qui m'offrait , dans la mort de l'un , Un prétexte pour perdre l'autre.
(11 voit entrer les esclaves.)
Tout le sérail ici porte ses pas.
Retire-toi : que cette affreuse image , Se dissipant comme un nuage , Fasse place aux plaisirs et ne les trouble pas.
(Urson sort.)