‹ Théâtre de BeaumarchaisChapitre 101 sur 262 · LE COMTE, LA COMTESSE · texte numérisé non relu

LE COMTE, LA COMTESSE

LE COMTE, d'un ton un peu séTère.

Vous n'êtes pas dans Tusage de vous enfermer f

LA COMTESSE, troublée.

Je... je chiffonnais... oui, je chiffonnais avec Suzai elle est passée un moment chez elle.

LE COMTE Texamine.

Vous avez l'air et le ton bien altérés!

LA "COMTESSE

Cela n'est pas étonnanL.. pas étonnant du tout... je assure... nous parlions de vous... Elle est passée, coain vous dis...

LE COMTE

Vous parliez de moi!... Je suis ramené par l'inquiéti en montant à cheval, un billet qu'on m'a remis, mais quel je n'ajoute aucune foi, m'a... pourtant agité.

LA COMTESSE

Comment, monsieur?... quel billet ?

LE COMTE

Il faut avouer, madame, que vous ou moi sommes en rés d'êtres... bien méchants! On me donne avis que, dai journée, quelqu'un que je crois absent doit chercher à > entretenir.

,g ACTE^DEUXIÈME. 163

LA COMTESSE

Il Quel que soit cet audacieux, il faudra qu'il pénètre ici; car inoD projet est de ne pas quitter ma chambre de tout le jour.

LE COMTE

Ce soir, pour la noce de Suzanne?

Pour rien au monde; je suis très-incommodée.

LE COMTE

Heureusement le docteur est ici. (Le page fait tomber one cbaiso^^ le cabinet.) Quel bruit entends-je?

LA COMTESSB> plus troublée.

Du bruit?

[ LE COMTE

' On a fait tomber un meuble.

LA COMTESSE

Je... je n'ai rien entendu, pour moi.

LE COMTE

Il faut que vous soyez furieusement préoccupée !

LA COMTESSE

Préoccupée! de quoi?

LE COMTE

Il y a quelqu'un dans ce cabinet, madame.

LA COMTESSE

Hé... qui voulez-vous qu'il y ait, monsieur?

LE COMTE

C'est moi qui vous le demande; j'arrive.

LA COMTESSE

Hé mais... Suzanne apparemment qui range.

Vous avez dit qu'elle était passée chez elle!

LA COMTESSE

Passée... ou entrée là; je ne sais lequel.

LE COMTE

Si c'est Suzanne, d'où vient le trouble où je vous vois?

LA COMTESSE

Du trouble pour ma camériste ?

LE COMTE

Pour votre camériste, je ne sais; mais pour du trouble, assurément.

LA COMTESSE

Assurément, monsieur, cette fille vous trouble et vou» occupe beaucoup plus que moi.

LE COMTE, eD colftre.

Elle m'occupe à tel point, madame, que je vrax k ^llilS

Tinstant. V^

LA COMTESSE

Je crois, en eifet, que vous le vouiez souvent; mais yA|

bien les soupçons les moins fondés...

SCÈxNE XIII

LE COMTE, LA COMTESSE, SUZANNE entra mc d» l

et poosse la porte da fond.

LE COMTE

Ils en seront plus aisés à détruire, (n crie ennfanUutdidii du cabinet.) Sortez, Suzon ; je vous l'ordonne. (Souam s'i

auprès de l'alcôve daos le fond.)

LA COMTESSE

Elle est presque nue, monsieur; vient-oo troubler aiai des femmes dans leur retraite? Elle essayait des hordes pi je lui donne en la mariant; elle s'est enfuie quand elle voM a entendu.

LE COMTE

Si elle craint tant de se montrer, au moins elle peut parler, (n se tourne vers la porte du cabinet.) Répoudez-Oioi, Suzanne; êteS-VOUS dans ce cabinet ? (Suzanne, restée aa fond, se jetU di» Talcôve, et s'y cache.)

LA COMTESSE, vivement, tournée vers le cabinet.

Suzon, je vous défends de répondre. (Au comte.) On D*t jamais poussé si loin la tyrannie!

LE COMTE s'avance vers le cabinet.

'Oh! bien, puisqu'elle ne parle pas, vêtue ou noD« je 11 verrai.

LA COMTESSE, se met au devant.

Partout ailleurs je ne puis Tempécher; mais j'espère aussi que chez moi...

LE COMTE

Et moi j*espère savoir dans un moment quelle est celte Suzanne mystérieuse. Vous demander la clef serait, je le vois, inutile; mais il est un moyen sûr de jeter en dCKlans cette légère porte. Holà, quelqu'un!

LA COMTESSE

Attirer vos gens, et faire un scandale public d'un soupçon qui nous rendrait la fable du château!

LE COMTE

Fort bien, madame. En effet, j'y suffirai ; je vais à rînatant

jl ACTE DEUXIEME. 165

rendre chez moi ce qu'il faut... (Il marche ponr sortir et revient.)

^ teis, pour que tout reste au même état, voudrez-vous bien '^Vaccompagner sans scandale et sans bruit, puisqu'il vous

épiait tant...? Une chose aussi simple, apparemment, ne

ae sera pas relusée !

**.. LA COMTESSE, troublée.

Eh! monsieur, qui songe à vous contrarier?

LE COMTE

Ah I j'oubliais la porte qui va chez vos femmes ; il faut pjjae je la ferme aussi, pour que vous soyez pleinement justifiée, (n va fermer la porte du fond et en ôle la clef.) LA COMTESSE, à part.

^ ciel! étourderie funeste I

f LE COMTE, revenant k eUe.

Maintenant que cette chambre est close^ acceptez mon bras, je vous prie; (u élève la voix) et quant a la Suzanne du cabinet, il faudra qu'elle ait la bonté de m'atlendre; et le moindre mal qui puisse lui arriver à mon retour...

En vérité, monsieur, voilà bien la plus odieuse aventure...

(Le comte l'emmène et ferme la porte à la clef.)

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