ACTE PREMIER
FIGARO
Un pauvre hère qui montre la musique à sa pupille, infatué fe son art, friponneau, besoigneux, a genoux devant un écu, . dont il sera facile de venir à bout, monseigneur... (Regarnit à la jalousie.) La v'ià, la v'ià.
LE COMTE
Qui donc ?
FIGARO
Derrière sa jalousie, la voilà, la voilà. Ne regardez pas, e regardez donc pas!
LB COMTE
Pourquoi?
FIGARO
Ne vous écril^elle pas : Chantez indifféremment? c'est- -dire, chantez comme si vous chantiez... seulement pour hanter. Oh! la v'ià, la v'ià.
LE COMTE
Puisque j'ai commencé à l'intéresser sans être connu Telle, ne quittons point le nom de Lindor que j'ai pris; mon riomphe en aura plus de charmes, (il déploie le papier qao losine a jeté.) Mais comment chanter sur cette musique? Je le sais pas faire de vers, moi.
FIGARO
Tout ce qui vous viendra, monseigneur, est excellent : en imour, le cœur n'est pas dii'ficile sur les productions de 'esprit... Et prenez ma guitare.
Que veux-tu que j^en fasse? j'en joue si mail
FIGARO
Est-ce qu'un homme comme vous ignore quelque chose? Avec le dos de la main ; from, from, from... Chanter sans guitare à Séville! vous seriez bientôt reconnu, ma foi,
bientôt dépisté. (^Figaro se colle aa mur, soas le balcon.)
LE COMTE, chante en se promenant, et s'accompagnant sur sa goilare.
PREMIER COUPLET
Vous Tordonnez, je me ferai connaître ; Plus inconnu, j'oàais vous adorer :
En me nommant, que pourrais-je espérer ?
N'importe, il faut obéir à son maître.
FIGARO, bas.
Fort bien, parbleu ! Courage, monseigneur!
38 LE BARBIEÎl DE SÉVILLK
LK COMTE
DEUIIËUB GOUPUBT.
ie sois t^indor^ ma naiseaDce est commune; Mes veux sont ceux d'un simple bachelier :
Que n'ai-je, hélas! d'un brillant cheyalier, A vous offrir le rang et la fortune !
FIGARO
Et cornaient, diable I Je ne ferais pas mieux, moi fpti i pique.
LE COMTE
TROISIÈHE COUPLET.
Tous les matins^ ici, d'une voix tendre.
Je chanterai mon amour sans espoir ; ^. lè Itïoittietai tties plaisirs à vous voir;
fit poisf^iefe-vous en trouver à m'entendre 1
FIGARO
Ohl ma foi, pour celui-ci...! (n s'approclie, et balte tel Tbabit de [son maître.)
'le comte.
Figaro?
FIGARO
Excellence ?
LE COMTE
Ch>i9-tu que Ton m*ait entendu?
ROSINE, en dedans, cbante*
Air du Mattre en droit.
Tout me dit que Lindor est charmant, Que je dois l'aimer constamment...
^(On entend une croisée qui se ferme avec bruit.)
FIGARO
Croyez-vous qu'on vous ait entendu, celle fois?
LE COMTE
Elle a fermé sa fenêlre; quelqu'un apparemment est e chez elle.
FIGARO
Ah ! la pauvre petite t comme elle tremble en chanta Elle est prise, monseigneur.
Lfe COMTE.
Elle se sert du moyen qu'elle-même a indiqué. P(w# dit qu^ lindor est charmant. Que de grâces! que d'esprit
FIGARO
Que de rusel que d'amour ! ?
LE COMTE
Cfoîs-lu qu'elle se donne à moi, Figaro ?
FIGARO
Elle passera plutôt à travers cette jalousie que d'y maa ! [lier.
LE COMTE
C'en est fait, je suis à ma Rosine... pour la vie.
FIGARO
Vous oubliez, monseigneur, qu'elle ne vous entend plus. L£ goMte.
Monsieur Figaro! je n'ai qu'un mot à vous dire : elle sera ma femme; et si vous serves bien mon projet en lui cachant mon nom... Tu m'entends, tu me connais...
FIGARO
Je me rends. Allons, Figaro, vole à la fortune, mon fils
LE COMTE
Retirons-nous, crainte de nous rendre suspects.
FIGARO, vivement.
Moi, j'entre ici, où, par la force de mon art, je vais, d'uû seul coup de baguette, endormir. la vigilance, éveiller l'amour, égarer la jalousie, fourvoyer l'intrigue, et renverser tous les obstacles. Vous, monseigneur, chez moi l'habit dé soldat, le billet de logement, et de l'or dans vos poches.
LE COMTE
Pour qui, de l'or?
Figaro, vivement.
De l'or, mon Dieu, de l'or : c'est le nerf de l'intrigue.
LE COMTE
Ne te fèche pas, Figaro, j'en prendrai beaucoup.
FIGARO, s'en allant.
Je VOUS rejoins dans peu.
LE COMTE
Figaro ?
FIGARO
Qu'est-ce que c'est?
LE COMTE
Et ta guitare?
FIGARO revient*
J'oublie ma guitare, moi I je suis donc fou t (ii s'en va.)
LE COMTE
Et la demeure, étourdi?
FIGARO revient.
Ahl réellement je suis frappé I — Ma boutique à quatulj
Îtas d*ici, peinte en bleu, vitrage en plomb, trois palettes a 'air, l'œil dans la main, Consiiio marmque, Figaro, (u »\
fait.)
kai