SCÈNE VIII
LOUIS, COMMINE.
LOUIS- après avoir fait quelques pas, s'assied sur le lit, et prend uu papier sur la table.
Ils paraîtront vulgaires , Ces conseils que j'ajoute à mon Rosier des guerres; Ils sont sages pourtant.
COMMINE.
Vous les avez écrits?
LOUIS lui passant le papier.
Lisez.
COMMINE.
« Quand les rois n'ont point égard à la loi , ils « ôtent au peuple ce qu'ils doivent lui laisser, et « ne lui donnent pas ce qu'il doit avoir. Ce faisant, « ils rendent leur peuple esclave , et perdent le nom « de rois : car nul ne doit être appelé roi, hors celui « qui règne sur des hommes libres... * »
LOUIS
Force à la loi ! Si j'en ai fait mépris , C'est que pour renverser on ne peut rien par elle. La rovauté sans moi fût restée en tutelle.
+ Rosier des guerres.
La voilà grande dame , et la hache à la main ; Bien osé qui voudra lui barrer le chemin ! Son écueil à venir, c'est son pouvoir suprême : Tout pouvoir excessif meurt par son excès même. La loi , monsieur , la loi !
COMMISE
Ce précepte important, Votre fils le suivra.
LOUIS
Ne nous pressons pas tant :
Qu'il le lise, et qu'un jour il soit sa politique. La mienne est de régner sans le mettre en pratique, Et tout seul, et long-temps.
COMMINE.
Une haute raison Peut remplacer la loi.
LOUIS , écartant le manteau dont il est couvert.
Cette pompe, à quoi bon?
D'où vient que pour me nuire on a pris tant de peine? Qui les en a priés? Ma couronne me gêne. Posez-la près de moi, plus près, plus près encor ! Sous mes yeux , sous ma main.
COMMUNE
Je crois qu'à ce trésor Nul n'oserait toucher.