ACTE II, SCENE III
Buvant sa flamme, en proie aux bourrasques tlu jeu ,
Quand il faisait rouler sous nos mains forcenées
Le flux et le reflux des piles de guinées.
Quelles nuits! Beau joueur et plus heureux amant,
J'eus un fils; bien à moi, je ne sais pas comment:
Mais je l'idolâtrais. Il était adorable,
Lorsqu'au milieu des dés qui parcouraient la table,
Il trépignait sur l'or par ses pieds dispersé.
Je le prêchais d'exemple; il m'aurait surpassé,
Et déjà son enfance, en malices féconde,
Promettait le démon le plus charmant du monde...
Ce n'est qu'un ange ; hélas ! Dieu me l'a retiré.
Je l'ai pleuré, ce fils; ah! je l'ai bien pleuré.
J'étais mort à la joie, et j'ai voulu renaître;
Jetant trésors, contrats, regrets par la fenêtre,
J'y jetai ma raison : il fallait oublier.
Du désordre opulent qui m'était familier,
Je descendis plus bas : je bus, jusqu'à la lie,
De la taverne enfin la grossière folie,
Et d'excès en excès je tombai, je roulai
Jusqu'au fond de l'abîme, où, de plaisirs brûlé,
Mais trop pauvre d'argent pour mourir dans l'ivresse,
En m'évcillant à jeun , je connus ma détresse.
Vous parlez de Tyburn; me voilà, je suis prêt.
N'ayant plus un schelling, je n'ai pas un regret.
Que le néant, le ciel ou l'enfer me réclame.
302 LES ETSFANS D'EDOUARD.
Mon corps est arrivé : bon voyage à mon âme !
Convenez-en, Tyrrel, vous seriez homme encor A la vendre au démon, s'il vous offrait de l'or.
TYRREL.
Je ne marchande pas , quelque prix qu'il y mette : Mais il l'aura pour rien, je doute qu'il l'achète.
GLOCESTER
Et s'il fait le marché ?
TYRREL.
C'est une dupe.
GLOCESTER
Eh bien !
Veux-tu la vendre? •
TYRREL.
A qui?
GLOCESTER
Je l'achète.
TYRREL.
Combien ?
GLOCESTER
Je te rends tout.
TYRREL.
Voyons!
GLOCESTER
D'abord ion innocence.