‹ Théâtre de C. Delavigne (volume 2)Chapitre 196 sur 230 · ACTE II, SCENE X · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE X

ELISABETH

Qu'à la Tour... Mais c'est faux, je le sais.

GLOCESTER

Achevez : qu'à la Tour?....

ELISABETH

Leurs jours sont menacés.

(vivement. )

Mais je ne le crois pas ; non, je vous le proteste.

GLOCESTER

Pourquoi donc ? Milady, c'est vrai comme le reste.

ELISABETH

D'un soupçon outrageant, pardon ! cent fois pardon ! Ah ! je vous le demande avec tout l'abandon, L'amour, le désespoir d'une mère éperdue : Que leur vie en danger soit par vous défendue.

GLOCESTER , avec douceur.

Calmez-vous donc; quel bras peut les atteindre ici?

O mon Dieu ! de Ri vers vous me parliez ainsi.

GLOCESTER , en souriant.

Sans doute.

ELISABETH

C'est ainsi que je vous vis sourire.

GLOCESTER

Eh bien?

ELISABETH, avec explosion.

Ri vers est mort!

GLOCESTER

Vous osez le redire?

ELISABETH

Oui, contre l'évidence en vain je me défends: Oui, mort; et vous voulez tuer mes deux enfans!

GLOCESTKR.

Moi!

ELISABETH

Vous, leur protecteur, leur père!... C'est horrible! Et c'est vrai cependant, c'est vrai, mais impossible. Vous ne le pourrez pas : je serai là, debout, Sur le seuil de leur porte, à leur chevet, partout , Et le jour, et la nuit, sans sommeil , sans relâche , L'œil ouvert, la main prête à repousser un lâche , Un monstre...

Milady !

ELISABETH, qui le regarde en face.

Je n'ai pas peur de vous.

Budkingham vit; il s'arme, il soulève pour nous Ses partisans, les miens, le peuple, Londre entière: il viendra, nous viendrons, lui, tous, moi la première, Les sauver, vous punir.

\CTI-: El, SCENE X. 343

GLOCESTER

Mère imprudente, assez!

Savez-vous qui je suis , et qui vous menacez?

ELISABETH

Je ne menace pas : j'implore, je conjure,

Par mes pleurs, par leur sang, au nom de la nature, Au nom de leur danger... Il m'inspire; écoutez : Vous le disiez tantôt , leurs droits sont contestés. Pourquoi donc les tuer ces deux tendres victimes? S'ils sont de mes amours les fruits illégitimes, Leurs droits n'existent plus, ils vivent: vous régnez.

GLOCESTER

Qifentends-je?

ELISABETH

C'est en vain que vous vous indignez.

Crime ou non, j'v consens : leurs droits, je vous les donne; En les déshéritant ma honte vous couronne. Je l'accepte et la veux. Quel fut mon suborneur? Choisissez; je le prends. Pour me perdre d'honneur, Quel aveu vous faut-il? parlez; je m'y résigne. Quel serment? je le fais ; quel écrit? je le signe. S'il faut, pour le sauver, que le fils d'Edouard Soit... Ah! l'horrible mot! un bâtard! un bâtard ! Eh bien ! il le sera : je signe tout.

GLOCESTKn.

A ous, reine!

344 LES EINFANS D'EDOUARD.

Vous nie feriez penser qu'on a dit vrai.

ELISABETH

La haine Le croira, le dira; que m'importe? ils vivront. Pour prix du déshonneur imprimé sur mon front, Pour prix du crime enfin dont je me rends coupable, Car c'en est un, milord , affreux, abominable, Rendez , rendez-les-moi ces enfans adorés ! Rendez-moi mes deux fils! Ah ! vous me les rendrez. Pitié ! C'est à genoux, mains jointes, que leur mère Vous demande pitié...

GLOCESTER

C'en est trop.

ELISABETH

Ah ! mon frère !

Mon roi!...

GLOCESTER

De vos affronts ce titre est le plus grand. M'immoler vos deux fils en les déshonorant!

ELISABETH, s'attachant à ses vêtemens.

Pitié!

GLOCESTER, qui la repousse.

Pour m'épargner l'horreur de vous entendre, Je sors.

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