‹ Théâtre de C. Delavigne (volume 2)Chapitre 199 sur 230 · ACTE III , SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE III , SCÈNE I

LE DUC D'YORK

Un rêve t'agitait; il te poursuit encor: Dis-le-moi.

EDOUARD

Tu rirais.

LE DUC D'YORK

Pourquoi? S'il est terrible, Je promets d'avoir peur; parle.

EDOUARD

C'est impossible.

Il était si confus , si vague !

le duc d'york.

Je le veux.

Pour le couronnement on nous cherchait tous deux. Je t'ai dit : « Viens , Richard , ma mère nous appelle ; » Et, te prenant la main , je voulais fuir, près d'elle, Un tigre dont les yeux semblaient nous menacer. Mes pieds marchaient , couraient sans pouvoir avancer; Et toujours , mais en vain.

le duc d'york.

Oh ! c'est vrai : dans un rêve On s'élance, on veut fuir; on ne peut pas. Achève.

EDOUARD

Tout-à-coup à Windsor je me crus transporté. Le feuillage tremblait par les vents agité;

Leur souffle tiède et lourd annonçait un ora^e Pour deux pales boutons qui, presque du même âge , Sur un même rameau confondant leur parfum, L'un à l'autre enlacés, semblaient n'en former qu'un. Unis comme eux, Richard, nous admirions leurs charmes. En voyant l'eau du ciel qui les couvrait de larmes , Je les pris en pitié sans deviner pourquoi , Et tu me dis alors : « Mon frère , un d'eux, c'est toi ; L'autre, c'est moi. » Soudain le fer brille. O prodige! Le sang par jets vermeils s'échappe de leur tige. Comme si c'était moi qui le perdais, ce sang, Mon cœur vint à faillir; ma main en se baissant, Pour chercher dans la nuit leurs feuilles dispersées, Toucha de deux enfans les dépouilles glacées. Puis je ne sentis plus ; mais j'entendis des voix Qui disaient : « Portez-les au tombeau de nos rois. »

LE DUC D'YORK

J'en suis encore ému... Cette fois je me fâche;

C'est ta faute , Edouard : tu semblés prendre à tâche

D'offrir à ton esprit mille objets attristans,

Et puis tu dis après : « Je souffre !... »I1 est bien temps !

Au lieu de te livrer à la mélancolie,

Lève-toi; viens, courons, faisons quelque folie.

Aussi gai qu'un beau jour, j'étends à mon réveil ,

Comme les papillons, mes ailes au soleil,

Et me voilà parti, sautant, volant...

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