‹ Théâtre de C. Delavigne (volume 2)Chapitre 3 sur 230 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

COMMINE, seul.

( Il tient un rouleau de parchemin, et vient s'asseoir au pied d'un chêne. — Le jour commence. )

Reposons-nous sous cet ombrage épais ; Ce travail a besoin de mystère et de paix. Calme heureux! aucun bruit ne frappe mon oreille, Hors le chant des oiseaux que la lumière éveille , Et le cri vigilant du soldat écossais Qui défend ces créneaux et garde un roi français. Je suis seul , relisons : du jour qui vient de naître Cette heure m'appartient; le reste est à mon maître.

(Il ouvre le manuscrit. )

Mémoires de Commine !... Ah! si les mains du roi

Déroulaient cet écrit qui doit vivre après moi r Où chacun de ses jours, recueilli pour l'histoire, Laisse un tribut durable et de honte et de gloire ? Tremblant , on le verrait , par le titre arrêté , Pâlir devant son règne à ses yeux présenté. De vices , de vertus quel étrange assemblage !

(Il lit; le médecin Coitier passe au fond de la scène, le regarde, et

entre dans la cabane de Richard.) (Interrompant sa lecture.)

Là , quel effroi honteux ! là , quel brillant courage ! Que de clémence alors , plus tard que de bourreaux ! Humble et fier, doux au peuple et dur aux grands vassaux, Crédule et défiant , généreux et barbare , Autant il fut prodigue , autant il fut avare.

( II passe à la fin da mannscrit. )

Aujourd'hui quel tableau! Je tremble en décrivant Ce château du Plessis, tombeau d'un roi vivant, Comme si je craignais qu'un vélin infidèle Ne trahît les secrets que ma main lui révèle. Captif sous les barreaux dont il charge ces tours ,

11 dispute à la mort un reste de vieux jours; Usé par ses terreurs, il se détruit lui-même, S'obstine à porter seul un pesant diadème, S'en accable , et jaloux de son jeune héritier, Ne vivant qu'à demi, règne cncor tout entier. ( )ni , le voilà: c'est lui.

(Il reste absorbé dans sa lecluie.)

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