ACTE IV, SCENE VI
LOUIS
Vous dites à nos maux :
Guérissez !
FRANÇOIS DE PAULE
Moi ! mon fils.
LOUIS
Soudain nos maux guérissent.
Que votre voix l'ordonne, et lescieux s'éclairassent; Le vent gronde ou s'apaise à son commandement ; La foudre qui tombait remonte au firmament. O vous, qui dans les airs retenez la rosée, Ou versez sa fraîcheur à la plante épuisée, Faites d'un corps vieilli reverdir la vigueur. Voyez, je suis mourant, ranimez ma langueur : Tendez vers moi les bras; touchez ces traits livides , Et vos mains , en passant , vont effacer mes rides.
FRANÇOIS DE PAULE
Que me demandez-vous , mon fils? vous m'étonnez. Suis-je l'égal de Dieu? C'est vous qui m'apprenez Que je vais parle monde en rendant des oracles, Et qu'en ouvrant mes mains je sème les miracles.
LOUIS
Au moins dix ans, mon père! accordez-moi dix ans, Et je vous comblerai d'honneurs et de présens. Tenez , de tous les saints je porte ici les restes ; Si j'obtiens ces... vingt ans par vos secours célestes,
Rome, qui peut presser les rangs des bienheureux , Près d'eux vous placera, que dîs-je ? au-dessus d'eux. Je veux sous votre nom fonder des basiliques, Je veux de jaspe et d'or surcharger vos reliques; Mais vingt ans, c'est trop peu pour tant d'or et d'encens. Non : un miracle entier! De mes jours renaissans Que la clarté sitôt ne me soit pas ravie; Un miracle ! la vie ! ah ! prolongez ma vie !
FRANÇOIS DE PAULE
Dieu n'a pas mis son œuvre au pouvoir d'un mortel. Vous seul , quand tout périt , vous seriez éternel ! Roi, Dieu ne lèvent pas. Sa faible créature Ne peut changer pour vous l'ordre de la nature. Ce qui grandit décroît , ce qui naît se détruit , L'homme avec son ouvrage, et l'arbre avec son fruit. Tout produit pour le temps : c'est la loi de ce monde, Et pour l'éternité la mort seule est féconde.
LOUIS
Je me lasse à la fin : moine, fais ton devoir ;
Exerce en ma faveur ton merveilleux pouvoir ,
Ou j'aurai, s'il le faut , recours à la contrainte.
Je suis roi : sur mon iront j'ai reçu l'huile sainte...
Ah! pardon! mais aux rois, mais aux fronts couronnés
Ne devez-vous pas plus qu'à ces infortunés,
Ces affligés obscurs, que, sans votre prière,
I )icu n'eût pas do si haut cherchés dans leur poussière?