BANVILLE, MADAME SINCLAIR
BANVILLE
Non , vos façons d'agir ne me vont pas du tout , Et les courses à pied sont fort peu de mon goût.
MADAME SINCLAIR
Vous prendrez la voiture. Eh bien , votre visite ?
DAJTVILLE.
Je ne la veux pas faire, et vou^m'en tiendrez quitte.
MADAME SINCLAIR
Vous avez de l'humeur?
BANVILLE
Beaucoup, et j'ai raison :
Je vais chez deux banquiers; mais l'un dîne àMeudon,
L'autre est à Saint-Germain. Je cours chez mon notaire ; Monsieur, jusqu'à lundi, se délasse à Nanterre. Quand on meurt le dimanche, on peut apparemment Remettre au lendemain pour faire un testament.
MADAME SINCLAIR
Le dimanche à Paris n'est pas un jour commode.
BANVILLE
Et puis vantez-moi donc vos jardins à là mode !
Curieux cohime un sot, ou poussé par l'orgueil.
J'y vais, pour voir ma femme et jouir du coup-d'œil ;
Je ne sais quel démon m'avait mis dans la tête
De régaler mes yeux d'un plaisir aussi bête.
J'entre ; un pareil délire a de quoi m'étonner :
Dans un jardin immense on peut se promener.
On ne suit qu'une allée , une seule ; et laquelle ?
J'en ai bien compté dix, dont la moindre est plus belle,
Mais personne n'y va ; non : Paris tout entier
Vient s'entasser en long dans un petit sentier.
Quelle foule! on s'étouffe; et là, je vois Hortense,
A travers un rempart i[m me tient à distance ,
Et sans artillerie on n'aurait pu percer
Ce cortège autour d'elle ardent à s'amasser.
Je marchais, j'enrageais, j'avais beau faire un signe,.
Deux, trois; bon ! d'un regard un mari n'est pas digne;
Et revenant toujours et toujours écarté ,