‹ Théâtre de C. Delavigne (volume 3)Chapitre 103 sur 166 · ACTE II, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE I

Mais de vos soixante ans nous n'avons point parlé.

Par son âge souvent la vieillesse indispose ,

Et l'on croit qu'un vieillardn'est pas propre à grand'cliose.

DANVILLE

Merci !

MADAME SINCLAIR

Mais vous pouvez cacher dix ou douze ans.

DANVILLE

Non, vos honneurs pour moi ne sont plus séduisans; J'entrevois des dangers à trop courir les places.

MADAME SINCLAIR

Lesquels? à pleines mains le duc répand les grâces. Courage; Hortense et moi nous avons du crédit. Le duc me rend des soins dont tout bas on médit : J'ai sa loge aux Français quand un acteur débute. Pour les Chambres, j'y vais les jours où l'on dispute. J'ai vu dans leur splendeur les quarante immortels, Et suivi par plaisir deux procès criminels. Le duc me conduisait; et quand j'étais rentrée. Ici, loin du grand monde, il passait la soirée.

DANVILLE

C'est VOUS qu'il venait voir ?

MADAME SINCLAIR

Au point qu'on s'en moquait.

Un jour que j'étais seule, il a fait mon piquet. 3. 1 4

Je dis seule, ma fille était là, mais ([u'importe?...

BANVILLE

Il importe beaucoup, et j'agirai de sorte Que ces vastes salons ne soient plus encombrés De tous vos beaux messieurs titrés ou non titrés, Et qu'Hortense , loin d'eux , clierche dans son ménage Un plaisir moins bruyant qui convienne à mon âge. Que fait-elle ? en visite elle a perdu ses pas Cliez des gens très connus, que je ne connais pas; Et par respect humain, pour briller, asservie A de frivoles soins qui surchargent sa vie. De peur que mon bonheur ne me fît des jaloux. Elle a vu tout le monde , excepté son époux. Moins d'éclat, plus d'égards. Ai-je pris une femme Pour illustrer monsieur du bruit que fait madame, Rester veuf à sa suite avec vos bons maris , Ou pour en décorer les jardins de Paris ? Dites-lui, s'il vous plaît...

MADAME SINCLAIR

Vous parlerez vous-même.

Je vous trouve aujourd'hui d'une injustice extrême; Et je ne vois pas, moi , le mal assez urgent Pour me charger d'un soin qui n'est point obligeant. Je vous laisse y rêver, et ne sais pas, mon gendre, SuppoFter une humeur que je ne puis comprendre.

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