‹ Théâtre de C. Delavigne (volume 3)Chapitre 128 sur 166 · LES PIIÉCÉDENS, MADAME SINCLAIR · texte numérisé non relu

LES PIIÉCÉDENS, MADAME SINCLAIR

L?; DUC . à iD.idauie Siuclair.

Ah ! madame, Veuillez me seconder, il le faut , je réclame Pour mon oncle, pour moi, pour tous ceux qu'aujourd'liiii Ij'attrait d'un grand plaisir doit attirer chez lui.

MADAME SINCLAIR

Mais je ne pense pas que ma fdle refuse.

HORTENSE

Monsieur fera, j'espère, agréer mon excuse.

MADAME SINCLAIR

C'est triste : à te parer j'avais pris tant de soin ! Chez soi de tant d'éclat n'avoir qu'un seul témoin ! On eût dit : Quelle est donc cette belle personne Qui fixe tous les yeux, que la foule environne? C'est ma fille, monsieur!... Chacun de te vanter; Le ministre à son tour vient me complimenter... Mais ton mari prononce, alors je me récuse : Une grand'mère est faible, et son amour l'abuse. Je reste, si tu veux.

LE DUC

Ah ! que deviendrons-nous ?

( ù madame Sinclair. )

Que fera la princesse? Elle comptait sur vous. Pour elle votre esprit doit se mettre en dépense : J'ai dit, pardonnez-moi , j'ai dit ce que je pense. C'est que vous conversez avec un abandon , Un choix de mots, un charme, oh! chezvous c'estundon. Elle vient pour vous voir, elle veut vous connaître ; Mais de la prévenir il serait temps peut-être?

MADAME SINCLAIR

Non pas, monsieur le duc, oh! non, je vous en veux De m'avoir compromise avec de tels aveux. Une princesse! 6 Dieu! ma fille, une priiiccsscl

t ACTE III, SCÈNE V. 253

HORTENSE

Oui , je sens bien...

MADAME SINCLAIR

Rester tient de l'impolitesse.

LE DUC • à madame Sinclair.

Et puis je vous préviens que le vieux chevalier Vous appelle au piquet ei\ combat singulier. Ah ! c'est un beau joueur, un joueur admirable : Sitôt qu'il est assis, on fait cercle à sa table. C'est l'homme du piquet; enfin, sous le soleil, Pour les quatre-vingt-dix il n'a pas son pareil.

MADAME SINCLAIR

J'espère que monsieur me fait l'honneur de croire Qu'on pourra quelque temps disputer la victoire !

LE DUC

Il est bien fort.

MADAME SINCLAIR , à Hortense.

Pourtant , juge, examine, voi , C'est pour toi que j'y vais , je n'y vais que pour toi. Si ton mari s'obstine, en femme bien soumise...

HORTENSE

A vous suivre , il est vrai , Banville m'autorise , Et tout à l'heure encore il vient de m'inviter...

LE DUC

Plus d'obstacle à présent.

MADAME SINCLAIR

Qui peut donc t'arrêter, S'il te l'a permis?

HORTENSE

Mais...

LE DUC

L'agréable soirée !

Je vous vois par mon oncle accueillie, admirée. A votre aspect s'élève un murmure soudain ; Les cavaliers en foule assiègent votre main; Tout danse et se confond au bruit de la musique : Les grâces de la cour, l'orgueil diplomatique , La Banque , l'Listitut , et jusqu'aux Facultés , Jusqu'aux fleurons d'argent des graves députés ! Mais c'est peu, vous verrez : quel champ pour la satire 1 Ce ténébreux auteur dont vous aimez à rire , Qui , perdu dans un bal , promène tristement , Sous un long frac anglais , son grand air allemand, Semble de se voir là s'adresser des excuses , Et ne danse jamais par respect pour les muses ; Ce savant, qui , pour vous déridant son front sec...

HORTENSE

Un jour sur mon album écrivit un mot grec ?

Et le gros général , qui rit bien comme trente.

Page 1