ACTE ÏI, SCENE II
Qu'avec emportement mon cœur t'a désiré, Et, pour livrer ma vie à tes pompeux spectacles. Combien j'ai surmonté de chagrins et d'obstacles ! Je te possède... Hélas!
EMPSAEL.
Quoi! voulez-vous toujours De vos prospérités empoisonner le cours, Souffrir avec ennui que le peuple vous voie, Respirer sans plaisir l'encens qu'il vous envoie? N'aimez-vous plus ce trône où de lointains climats Les rois viennent baiser la trace de vos pas?
ARÉBAR.
Je l'aimais quand un autre y siégeait à ma place;
Entre nous à regret je mesurais l'espace;
A ses débiles mains j'enviais l'encensoir.
Le voilà donc ce trône où j'ai voulu m'asseoir!
Composer ses regards, veiller sur son visage,
Affecter la froideur d'une insensible imaire,
O tourment! que mon front, lassé de ses splendeurs,
Se courbe avec dégoût sous le poids des grandeuis !
Que le temple et sa pompe, et sa triste harmonie.
Ont fatigué mes sens de leur monotonie !
( Il tombe assis sur un baiic de gazon. ) EMPSAEL.
('outre l'ennui secret qiù consume vos jours
Dans l'étude autrefois vous cherchiez un secours.
AKÉBAR.
Oui, j'ai long-temps pâli sur ces tables antiques, Des quatre âges du monde infaillibles chroniques, Et tant d'écrits savans, entassés dans nos murs. Ont chargé mon esprit de leurs dogmes obscurs. Après trente ans d'efforts, j'ai percé dans les ombres Des caractères saints, des figures, des nombres; Les éclats de la foudre et le cri des oiseaux Ont d'oracles certains payé mes longs travaux; Qui, d'un vol plus hardi consultera les astres Sur des succès futurs ou de prochains désastres. Et d'un songe équivoque envoyé par les dieux Lira d'un œil pins sûr l'avis mystérieux? Science que j'aimais, séduisante chimère, Ta coupe inépuisable à ma bouche est amère; Tes charmes sont trompeurs , et tu m'as enivré Sans étancher la soif dont je sui.<> dévoré ! Quoi! tout est vain?.,.
EMPSAEL.
Jamais vos misères passées N'ont d'un chagrin plus sombre o|>scurci vos pensées. Quel est ce mal cuisant pour vous seul réservé. Dont vous cachez la plaie à mon zèle éprouvé?