ACTE II, SCENE III
Mon ennemi ! qui, vous?... plus que vous ne pensez... Plus que je ne puis dire.
AKÉBAR.
Eh! comment? je l'ignore.
Qu'ai-jefait?
IDAMORE
Mon malheur. Vous qu'un vain peuple acloroj Qui portez saintement d'inévitables coups; Oui, vous, mon ennemi, le plus cruel de tous; Oui, ce que n'auraient pu ni Chrétiens ni Tartares, Vous l'avez fait : c'est vous... Malheureux, tu t'égares!
AKÉBAR.
Que répondre, Idamore, à ces vagues discours, Dont la fureur conunence et rompt soudain le cours ? O vous qui m'accusez, je plains votre délire. Connaissez-la cette âme où vous avez cru lire : Moi, me préoccuper de soins ambitieux, Quand la nuit du tombeau se répand sur mes yeux , Quand l'eau lustrale attend ma dépouille glacée ? Qu'un plus sublime objet absorbe ma pensée ! Le bonheur de ma fille, après mes longs combats, Est l'unique devoir qui me trouble ici-bas. Le ciel, dont la bonté la rend à mes tendresses, A dérobé sa tcle au bandeau des prêtresses. Une illustre alliance embellirait ses jours :
J'ai cherché dans l'armée, au temple, dans les cours, Quelque mortel si grand, que son sang trouvât grâce Devant l'éclat divin des auteurs de ma race.
IDAMORE
Il est choisi sans doute?
AKÉBAR.
Oui, seigneur. Je le croi Digne de mes aïeux, de ma fille et de moi.
IDAMORE
Son nom?...
AKÉBAR.
11 porte un nom ([ue l'Indostan révère. Le destin des combats ne lui fut point sévère. Il est brave, puissant...
IDAMORE
Mais enfin, cet époux, ('e vain({ueur, ce héros, quel est-il donc?
AKÉBAR.
C'est vous.
IDAaiORE.
Qu'entends-je ?
AKÉBAR.
Le voilà cet ennemi terrihie.
IDAMORE
Ah! croyez... J'ignorais... O ciel! est-il possible?