ACTE V, SCÈNE VI
« Se réserve l'honneur de frapper le premier? » Puis passant près des lieux où du haut des murailles Son bras armé pour nous semait les funérailles : « Choisissez, a-t-il dit, pour déchirer mes flancs, « Ces rocs, dont j'écrasais vos ennemis tremblans ! » Le peuple s'en indigna , et sa prompte justice Pour ce crime nouveau cherche un second supplice , Le trouve , et dans son cours soi-même s'irritant , Au massacre d'Alvar prélude en l'insultant. Idamore s'arrête à leur voix menaçante.
Déjà les plus hardis reculaient d'épouvante. Quand mille bras vengeurs sur lui de toutes parts Font pleuvoir les débris dans la poussière épars. Un nuage s'élève, il s'ouvre, et la tempête Eclate sur son sein, siffle autour de sa tête... Il défend son ami, l'embrasse, oppose en vain Au coup qui cherche Alvar sa poitrine et sa main; Ce chrétien sans fureur, qui succombe et qui prie. Sur le signe impuissant de son idolâtrie Attache un œil d'amour, l'invoque, et radieux Tombe aux pieds d'Idamore en lui montrant les cieux : Seul debout, l'insensé, faible et presque sans vie. Lève à travers l'orage un front qui nous défie , Protège encore Alvar, pâlit, tombe accablé. Et le couvre en mourant de son corps mutilé. '■ 9
i:}() LE PARIA.
N AKÉBAR.
Je n'ai plus de rival, et ma fille me reste]
EMPSAF.L.
Mais une femme accourt, elle approche, elle atteste
Sur ces membres flétris qu'ont dispersés nos coups ,
Qu'elle aimait Idamore et qu'il est son époux.
J'ai profané, dit-elle, un divin ministère.
Pour vous j'offrais au Gange un encens adultère;
J'ai trahi son hymen, j'ai violé mes vœux,
Et j'attends de vos lois le prix de ces aveux.
T^'infidèle à ces mots dans les traits d'Idamore
Cherche et ne trouve plus l'image qu'elle adore,
Pleure, et sur son visage, à ce spectacle affreux,
Ramène avec effroi son voile et ses cheveux.
Les brames, par mon ordre, entourent la coupable.
De l'exil qui l'attend l'arrêt inévitable
Doit signaler ici votre juste courroux.
On murmure contre elle, on s'attendrit sur vous;
Vous-même frémirez quand vous l'allez connaître.
Le peuple la devance, et je la vois paraître.