ACTE I, SCENE V
Il a besoin d'argent.
Courez donc à la banque :
Je n'en saurais prêter, quand moi-même j'en manque.
BANVILLE
Que me dites-vous là?
HORTENSE
Ma bourse est aux abois; C'en est fait. •
BANVILLE
En deux mois?
HORTENSE
Mais c'est bien long deux mois.
BANVILLE
Cinquante mille francs! Comment, ma bonne amie...!
HORTENSE
Vous ne me louez pas sar mon économie ?
BANVILLE
Ah ! parbleu ! c'est trop fort.
HORTENSE
Chez moi je n'ai voulu Rien que le nécessaire, et pas de superflu.
BANVILLE i
Comment donc, s'il vous plaît, nommez-vous ces dorures, Os cristaux suspendus , ces vases , ces figures ,
Ce fragile attirail dont on n'ose approcher,
Et ces meubles si beaux que je crains d'y toucher?
Est-ce utile? parlez...
HORTENSE
C'est plus, c'est nécessaire.
Cet appareil pour vous n'a rien que d'ordinaire. Vous voulez devenir receveur-général ; Logez-vous donc au ciel, et logez-vous très mal ; Qui parlera de vous? qui «vous rendra visite? L'opulence à Paris sert d'enseigne au mérite. Etalez des trésors si vous voulez percer, Une place est de droit à qui peut s'en passeï-. Ma mère me répète : Eblouis le vulgaire ; Qu'on dise : Il est très riche , il est millionnaire ; Demandons tout alors, et nous aurons beau jeu. J'ai voulu par le luxe en imposer un peu. Je dis un peu; beaucoup, je me croirais coupable; Un peu, c'est nécessaire et même indispensable.
BANVILLE
Voilà quelques motifs qui sont d'assez bon sens; Mais au moins ces dîners d'eux-mêmes renaissans , Ces éternels dîners , qu'une fois par semaine Un bienheureux lundi pour trente élus ramène, Je les crois superflus.