ACTE I, SCENE V
BANVILLE
Et moi qui t'accusais! je suis touché, j'ai honte D'avoir...
HORTENSF.
De votre argent je veux vous rendre compte : Vous ne savez pas tout; je veux, pour votre honneur, Justifier en vous ce mouvement d'humeur. La lecture vous plaît; d'un cabinet d'étudje J'ai su vous préparer l'aimable solitude. Il me coûte im peu cher; mais vos auteurs chéris, Rangés autour de vous, en couvrent les lambris. Leduc , qui vous protège, est plein de complaisance; Il m'a de son jardin cédé la jouissance, Pour qui? pour vous, monsieur : ne convenez-vous pas Qu'un jardin a pour vous de merveilleux appas? J'ai pris soin de l'orner; sous son ombre tranquille Vous vous reposerez du fracas de la ville. On ne fait rien pour rien; mais qu'importe le prix? Vous aurez la campagne au milieu de Paris. Votre orgueil conjugal jouit de ma parure : J'ai fait des frais pour lui, c'est complaisance pure. J'ai choisi les couleurs que vous aimez le mieux. Les bijoux dont l'éclat flatte le plus vos yeux; De tout ce qui vous plaît je me suis embellie, Et rien ne m'a coûté pour vous sembler jolie.
Mes crimes, lès voilà. Voyons, recommencez. Courage, grondez-moi... Mais non, vous faiblissez. Le repentir vous prend, et, si je ne m'abuse, Vous sentez que vous seul avez besoin d'excuse; Demandez-moi pardon d'un injuste courroux, Et vous l'aurez, méchant, car je vaux mieux (jue vous.
Oui, tu vaux mieux cent fois. Pardonne, mon Hortense; En vain l'âge entre nous a mis quelque distance, Tes procédés pour moi me la font oublier. Et devant tant d'amour je dois m'humilier.