‹ Théâtre de C. DelavigneChapitre 107 sur 156 · ACTE m, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE m, SCENE II

GRAJVVILLE.

C'est plus fatigant que je n'ai cru d'abord.

LUCILE j s'en allant.

Permettez...

GRANVILLE

Un moment, écoutez-moi, de grâce :

( à part. )

Ma déclaration quelque peu m'embarrasse... Voulez-vous m'honorer d'un regard?... Les beaux yeux ! Je vais vous étonner: me trouvez-vous bien vieux?

LUCiLE.

Que veut dire, monsieur...?

Gll AN VILLE.

Parlez, un long voyage A dû brunir mon teint et creuser mon visage; Mais j'ai trente-six ans.

LLICILE.

Je ne devine pas...

GRANVJLLE.

Les voyageurs sur mer n'ont pour vous nul appas;

LUCILE

Non? monsieur.

GRANVILLE

C'est dommage; et si, par aventure, Un marin, dont l'esprit ne fût pas sans culture,

Grand voyageur, bien franc, tourné dans ma façon, Ayant mes traits, mon air, honnête homme et garçon, De mon âge à peu près, d'un joyeux caractère. Tombait dans ce foyer de quelque autre hémisphère , Et, jurant à vos pieds l'amour le plus constant, Appuyait son aveu d'un million comptant. Vous offrait un hôtel, un brillant équipage...

LUCILE

Je ne saurais, monsieur, comprendre ce langage; Souffrez...

GRANVILLE

Non pas, un mot doit calmer votre effroi. Votre tuteur m'approuve, au moins écoutez-moi. Dans ce maudit foyer tout prête à l'équivoque ; J'explique en l'achevant un discours qui vous choque. Ce voyageur, c'est moi; son portrait, c'est le mien : Et c'est avec son nom qu'il vous offre son bien.

LUCILE

Cette preuve d'estime et me touche et m'honore. Le monde, je le vois, me rend justice encore; Mais l'accueil du public a passé mes désirs. Mes devoirs, grâce à lui, sont pour moi des plaisirs; Contente de mon sort, heureuse près d'un père, Je ne peux...

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