‹ Théâtre de C. DelavigneChapitre 32 sur 156 · ACTE III, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE I

« Vengera sur Moiitfort, et la Sicile entière, « Et le meurtre de Conradin. «

ELFRIDE.

Eh! qu'importe pour vous qu'un ennemi périsse? Pourquoi dans son trépas vous chercher un supplice? Quel changement ! Jadis vos soupirs et vos pleurs Ne demandaient au ciel que du sang, des vengeurs.

AMÉLIE

Jl m'a trop écoutée; alors j'étais barbare...

Dans quels vœux indiscrets la fureur nous égare!

ELFRIDE.

Quoi! déjà pour Montfort votre cœur désarmé... !

AMÉLIE

Peut-être au repentir le sien n'est pas fermé! Que de nobles vertus il reçut en partage ! I/ardente ambition seule en corrompt l'usacre. Ah ! de ces dons heureux les mains qui l'ont orné A des tourmens sans fin ne l'ont pas condamné. Non, je ne le puis croire, et ma raison tremblante Devant ce châtiment recule d'épouvante.

Que n'ai-je interrogé les ministres de Dieu? Comment doit-il périr ? à quelle heure ? en quel lieu ? Quels sont les assassins? hélas! que dois-je faire! A ce trépas certain ne puis-je le soustraire?

ELFRIDE.

Le sauver, vous, Montfort !... Qu'osez-vous désirer?

AMÉLIE

S'il quitte ce palais, c'est pour n'y plus rentrer... Non, tu ne prévois pas quel danger le menace. Leur bras pour le frapper cherche déjà la place... On l'attend... ils sont là...

ELFRIDE.

Cachez mieux vos frayeurs.

Quelqu'un vers nous s'avance...

AMÉLIE

Ah ! c'est lui, je me meurs...

ELFRIDE.

Venez; loin de ses yeux souffrez que je vous guide,

Je le voudrais en vain; je ne le puis, Elfride; Un lien invisible attache ici mes pas : Demeure ; par pitié , ne m'abandonne pas.

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