‹ Théâtre de C. DelavigneChapitre 34 sur 156 · ACTE 111, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE 111, SCENE II

Moi, que voulez-vous dire?

AMÉLIE

Un effroi salutaire Sur des périls cachés quelquefois nous éclaire.

MONTFORT

Quel sentiment vous porte à trembler pour des jours Dont vos mortels refus empoisonnent le cours ? Serait-ce la pitié?... J'étais loin de m'attendre Qu'à l'inspirer jamais l'amour me fît descendre, Et qu'on dût m'abaisser jusqu'à plaindre mon sort! Madame, c'en est fait...

AMÉLIE

S'il me quitte, il est mort!

MONTFORT

Je veux vous épargner un sentiment pénible, Je m'éloigne...

AMÉLIE

Ail ! Montfort !

MONTFORT

O ciel! est-il possible?

Quoi ! vous me rappelez !

AMÉLIE

Où voulez-vous courir ?

Ce peuple est malheureux; il est las de souffrir.

Aux mânes de ses rois brûlant de satisfaire,

S'il formait contre vous un complot sanguinaire....

MONTFORT

Il n'oserait, madame.

AMÉLIE

Un lâche, im meurtiier A son zèle inhumain peut vous sacrifier,

MONTFORT

Il n'oserait , vous dis-je.

AMÉLIE

Oli ! quelle étrange ivresse Vous pousse en furieux au piège qu'on vous dresse I Craignez vos ennemis ; pour ce peuple et pour eux Cessez de vous parer d'un mépris dangereux. Est-ce donc par l'orgueil que brille un vrai courage? S'obstiner à périr, c'est une aveugle rage ; C'est payer de son sang un vain et faux honneur.

MONTFORT

Et qu'importe la vie h qui perd le bonheur? Pourquoi m'inquiéter d'un fardeau qui m'accable? Pour nourrir sans espoir un amour déplorable, A mon repos , au vôtre , à ma gloire fatal ; Pour voir et pour orner le succès d'un rival.' Non, d'un lâche ennemi si le bras m'assassine, C'est vous qui conduisez les coups qu'il nie deslinc.

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