‹ Théâtre de C. DelavigneChapitre 5 sur 156 · ACTE I, SCENE · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE

Voilà, Salviati, le fruit de mes efforts. Contre nos oppresseurs tout s'unit au dehors : Ici, de nos amis, parle, que dois-je attendre?

SALVIATI

Vous les verrez, seigneur, prêts à tout entreprendre.

Eberard de Fondi , Philippe d'Aquila,

Oddo, Loricelli, Mario, Borella,

Voulaient fixer sans vous la sanglante journée

Promise à leur fureur trop long-temps enchaînée :

Des ordres de Montfort complaisans dangereux ,

Admis dans ses conseils , plus souvent à ses jeux,

Nous savons , aux plaisirs appliquant son étude,

Tromper de ses esprits l'ardente inquiétude.

Nos coups seront plus siirs. Dans ces jours solennels,

Où les chrétiens en foule approchent des autels ,

Le saint asile ouvert aux remords du coupable

Couvre nos entretiens d'une nuit favorable.

Nous levons à demi ce voile ténébreux;

Nous laissons pressentir des changemens heureux;

L'interprète du ciel au fond des consciences

Agite sourdement le levain des vengeances.

Dans l'ombre à nous servir le peuple est disposé...

Nos conjurés d'un mot auraient tout embrasé.

Craignant que sa fureur par le temps refroidie

N'offrît plus d'aliment à ce vaste incendie.

22 LES VEPRES SICILIENNES.

Vous arrivez enfin....

PROCIDA

Mon fils est-il instruit?

SALVIATI

Par quelques faits brillans ce Montfort l'a séduit. Tous deux ils sont liés d'une amitié sincère , Et pour lui nos desseins sont encore un mystère.

Mon fils serait l'ami...! Quel est donc ce Français?

s AL VI ATI.

Superbe, impétueux, toujours sûr du succès,

Il éblouit la cour par sa magnificence ,

Pousse la loyauté jusques à l'imprudence;

Il pourrait immoler, sans frein dans ses désirs,

Sa vie à son devoir, son devoir aux plaisirs.

Son premier mouvement loin des bornes l'entraîne ;

Aisément il s'irrite et pardonne sans peine,

Ne saurait se garder d'un poignard assassin ,

Et croirait l'arrêter en présentant son sein.

PROCIDA

Et voilà ces vertus que Lorédan estime ! Mon fils peut caresser la main qui nous opprime? Mais il vient, laisse-nous; va dire à nos amis Que l'espoir du succès leur est enfin permis.

Page 1