ACTE IV, SCÈNE IV
La mer nous interdit tous secours étrangers : L'audace vaut le nombre et croît par les dangers. Le retour des proscrits couronnait l'entreprise : Qui la décidait? nous; l'instant nous favorise. Déjà, par la prière aux autels rappelé , Le peuple dans le temple en foule est assemblé. Offrons un sacrifice affreux , mais nécessaire. Apparaissons soudain au pied du sanctuaire ; Courons le glaive nu , le bras ensanglanté , En proférant ces mots: Vengeance et liberté ! Que cette multitude, au carnage animée, Se lève devant nous et devienne une armée. Soutenons la valeur de ces soldats nouveaux , Par nos deux cents guerriers vieillis sous les drapeaux. Pour arrêter mes pas quelques faibles cohortes Du palais à la hâte ont occupé les portes ; Prévenons leur défense, et le fer à la main , Dans leurs rangs dispersés ouvrons-nous un chemin... Ecoutez... l'airain sonne, il m'appelle, il vous crie Que l'instant est venu de sauver la patrie. Vous frémissez, amis, d'un généreux transport; Je le vois, ce signal est un arrêt de mort. Venez, le cœur rempli d'une sainte assurance; Réconquérir vos droits et votre indépendance; Venez, allons venger nos femmes et nos sœurs :
Que Palerme se plonge au sang des oppresseurs. Frappons, et de leur tête arrachons la couronne. A CCS profanateurs, que Dieu nous abandonne. Rendons guerre pour guerre et fureur pour fureur: Dieu les terrassera d'une invincible horreur... Il promet à vos mains la victoire et l'empire... Venez, marchons ; c'est lui, c'est Dieu qui nous inspire !
SALVIATI
Que Montfort sous nos coups succombe le premier!
LORÉDAIf.
Montfort!
PROCIDA
Ne tardons pas...
LORÉDAN
Tous contre un seul guerrier Plongé dans le sommeil... mais un bras doit suffire.
PROCIDA
Eh! qui le frappera?
LORÉDAN
Moi !
SALVIATI
Vous! qu'osez-vous dire!
PROCIDA
L'honneur du premier coup sans doute m'appartient : J'ai droit de le céder, et c'est lui qui l'obtient.