D AL L AIN VAL
Oui , monsieur.
DERVILLE
Et qu'ils la joueront bien ?
DALLAINVAL.
Du moins de leur mieux.
DERVILLE
Un accident et les trois saluts d'usage n'en suspendront pas la représentation?
DALL.VINVAL.
Non , certes.
DERVILLE
Eh bien! puisque rien n'est sacré pour vous, je vous déclare , moi , que je vais convoquer le ban et l'arrière-ban des artistes de la capitale, ceux qui sont retirés depuis vingt ans, ceux même de votre théâtre qui ne sont pas ce soir en activité de service, ceux enfin de tous les théâtres de la banlieue , et je reviens à leur tête jouer mon rôle au parterre; et je puis vous certifier que ce ne sera pas un rôle muet. Adieu.
DALLAINVAL, au public.
Messieurs les gens de cour, messieurs les avocats, messieurs les médecins , financiers , huissiers , praticiens, bourgeois de tous les rangs et de tous les états, messieurs les maris, classe nombreuse et respectable, et vous , mesdames , dont on adore , tout en les maudissant, les tendres faiblesses et les aimables caprices, vous tous que, depuis trois siècles, nous avons le privilège d'amuser à vos dépens , permettez-nous de vous amuser ce soir aux nôtres. Bien que notre camarade Derville regarde sa profession comme sacrée, je crois qu'il y va de notre gloire die ne pas être les seuls épargnés, et qu'un corps dont Molière a fait partie ne sau-
rait être déshonoré par quelques ridicules qui tiennent aux hommes et non à la profession qu'ils exercent. D'ailleurs, messieurs, l'ouvrage que nous allons avoir l'honneur de représenter devant vous est une espèce de proclamation , un manifeste dramatique que nous vous adressons; car attaquer les abus, c'est prendre , autant que possible, l'engagement de s'en garantir.