‹ Théâtre de C. DelavigneChapitre 72 sur 156 · ACTE I, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE II

D'intendant près de lui vous remplissiez l'office, Et ce fut par vos soins qu'il me rendit service.

GRANVILLE

11 vivait au Mogol en forban retiré, Quand il fut par la mort surpris contre son gré; La Faculté du lieu le traita , Dieu sait comme ; Ils étaient trois docteurs, et pourtant...

PEMBROCK.

Le pauvre homme! Que vouliez-vous qu'il fît contre trois?

GRANVILLE

Qu'il mourût.

Maints convoiteurs de biens se tenaient à l'affût, Et voulaient, dans l'espoir de happer l'héritage, De son dernier soupir s'emparer au passage. Mais un rayon d'en-haut le vint illuminer; Quoiqu'il fût plus enclin à prendre qu'à donner , Sur son lit de douleur un reste de tendresse , Ranimant ses esprits glacés par la vieillesse, Lui fit signer un acte à ses derniers momens , Qui me semble un chef-d'œuvre en fait de testamens.

PEMBROCK.

Un chef-d'œuvre ! Pourquoi ?

GRANVILLE

Par la raison très claire

(^iril me fa il de son bien unique légataire.

PEMBROCK.

Excellente raison !

GRAN VILLE

Je dus, quanti j'héritai, Pour remplir du mourant l'expresse volonté, M'informer à Bordeaux de sa nièce Lucile , Auprès d'un vieux parent dont elle est la pupille , De l'artiste Bernard, confident par état, Et qui ne risque rien de mourir intestat, Car il n'a pas le sou. Mon oncle, article seize, Me la choisit pour femme, au cas qu'elle me plaise; Sinon, de la doter il m'impose la loi. Pouvais-je de son or faire un meilleur emploi? Echappé pour Lucile aux fureurs de Neptune , J'apportais à ses pieds mon cœur et ma fortune; J'apprends, pour mes amours funeste pronostic, Qu'elle fait par son jeu les beaux jours du public. Enfin, moi son futur, hier je ne l'ai vue Qu'en payant au bureau ma première entrevue.

PE3IBROCK.

Comment la trouvez-vous?

GRANVILLE

L'aimable objet , morbleu !

Que d'espiit, de candeur! ((ucl naliirel ! ([uel feu !

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