‹ Théâtre de C. DelavigneChapitre 91 sur 156 · BERNARD, VICTOR · texte numérisé non relu

BERNARD, VICTOR

Non, ne le croyez pas, je me tiendrais infâme Si ce honteux espoir avait séduit mon âme.

BERNARD

On a, mon cher Victor, des amis, des parens...

VICTOR

Je pourrais mendier les applaudissemens!

BERNARD

L'usage est votre excuse.

VICTOR

Ah! fi! c'est un scandale.

BERNARD

De ses admirateurs sans peupler une salle, On doit tout doucement préparer le succès. Vous pouvez disposer de quarante billets ; Je les ai demandés.

VJCTOR.

Et moi je les refuse.

BERNARD lui présente les billets.

Usez de votre droit.

VICTOR y les déchirant.

Voilà comme j'en use.

BERNARD

Mais vous extravaguez.

Je vois avec mépris Ces triomphes d'un jour achetés ou surpris, Des beaux-esprits du temps les manœuvres savantes, Ces bruyans alliés, ces machines vivantes, Dont l'auteur, appuyant son mérite en défaut , Contre tout un public prend un succès d'assaut. Eh quoi ! j'ai dévoré les dégoûts, les outrages. J'ai consumé mes nuits à polir mes ouvrages , Pour que vingt malheureux, par mon or soudoyés , Chatouillent mon orgueil de leurs bravos payés ! Et c'est ce bruit flatteur qu'on nomme une victoire !

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