ACTE II, SCENE II
LUCILE
Pourquoi ?
VICTOR
Qui sait, grandDieulquelsort m'attend ce soir! Sous l'effort des sifflets si ma pièce succombe , C'en est fait, je vous perds; je suis mort si je tombe.
LUCILE
Jugez de mes tourmens , Victor, et plaignez-moi : Aux regards du public déguisant mon effroi, Prête à verser des pleurs, il me faudra sourire... Mon rôle est excellent, je crains de le mal dire.
VICTOR
Fût-il cent fois mauvais, dit par vous, il plaira.
Lorsque je paraîtrai, comme mon cœur battra!
VICTOR
Quel moment pour tous deux ! Encor si nul obstacle N'ajourne mon supplice en changeant le spectacle ! Ciel! je crois voir l'affiche, en proie aux curieux, D'une bande traîtresse épouvanter leurs yeux. Je ne sais quel démon à ma perte conspire ; Quel que soit mon projet, quelque but où j'aspire, Mes vœux par le destin semblent contrariés. Si je vous haïssais, nous serions mariés. Qu'on vante les vertus du beau siècle où nous sommes, ^- i3
J'ai cherché vainement un appui chez les hommes. OrpheHn, sans secours et partout repoussé, Je suivais, malgré moi, mon penchant insensé; Nul ne m'a soutenu d'un regard d'indulgence. Abandonné par eux à ma fîère indigence, Seul, j'ai conçu ma pièce avec rage et douleur; C'était un sujet gai pour comble de malheur. Mais puis-je comparer ces chagrins domestiques A. ceux que me gardaient vos sénateurs comiques ? Traitent-ils d'assez haut l'auteur qui les nourrit ! Font-ils languir assez un pauvre manuscrit ! Quels détlains protecteurs ! quelle étrange indolence ! Us ont, pendant six ans, lassé ma patience. . Quand par grâce à la fin je suis représenté , Un jour peut me ravir ce qui m'a tant coûté ; Et j'attendrai dix ans, dix ans avec ma honte. L'honneur de me laver d'une chute si prompte.
LUCILE
Eh bien ! au célibat nous voilà condamnés Pour dix ans tout au moins. Courage.
Ah! pardonnez.
LUCILE
Paix, on vient.