‹ Théâtre de CalderonChapitre 3 sur 96 · LÉON<HU · texte numérisé non relu

LÉON<HU

Votre attention seulement.

DON CARLOS

Un moment. — Fabio!

FlHO.

Seigneur?

DON CARL08

Si tu vois arriver le cavalier chez qui tu es allé, tu entreras avant lui, afin que Léonor ait le temps de se cacher. [Fabio sort,) Parlez, maintenant.

LÉONOR

Vous savez, mon cher don Carlos... Mais non, je commence mai;

je veux vous dire la vérité, et je commence par une chose qui n'est

pas vraie; car vous n'êtes plus à moi, don Carlos ; et quel est mon

oMlheur d^ormah, que je doive m'inUidvte de& mou <\\xi m'étaient

lî doui à prononcer. ^ Enfin, db-je, vous «ayez de quel Mng illo8(re je suis née, vous savez quel rang tient dans l'estime publique toute ma famille ; vous savez également, don Carlos, que cette ettime je ne Tai pas déméritée , à quelque point que ma réputation doÎYe souffrir de mes malheurs... Hélas! ce n'est qu'en tremblant que je traite ce sujet, et je sens, à ma honte, que la vérité même m'accuse... Car en me voyant errer ainsi dans un autre royaume *, sous la conduite d'un jeune cavalier, et traitée par lui avec la der- Dière indifférence, si bien que ses attentions et ses soins, je les dois, non à son dévouement, mais à ses seuls sentimens d'honneur, — qui croirait que je ne me suis pas attiré ce malheur par ma con-' duite? comment s'eipUquer que l'homme pour qui j'ai tout sacrifié Mit le plus irrité contre moi?... Mais qu'importe, — qu'importe, après tout, que la fortune et une étoile ennemie, aidées des circonstances, aient formé, pour me perdre, des apparences moiteuses ; on jour la vérité tiiomphera ! Comme le soleÛ, un moment éclipsé, finit toujours par percer de ses rayons les voiles jaloux qui s'étaient amassés devant lui pour Tobscurcir, — de même, un jour, ma vertu se dégagera victorieuse des nuages qui ternissent en ce moment son éclat. — Mais, en attendant, je dois mettre à profit ce temps que vous voulez bien m'accorder, et je reviens à mon discours.,— A Madrid, ma patrie, et plût au ciel que cette ville eût été mon tombeau! vous me vîtes un soir, don Carlos; j'étais allée avec plusieurs de mes amies à Saint-Isidore, et vous avez pu, comme leur parent, vous approcher de nous; la liberté de la promenade favorisant votre audace , vous fîtes attention, je dirais à ma beauté si je croyais en posséder quelqu'une; enfin, vous fûtes aussi galant qu'aimable, et votre esprit facile et délicat sut adroitement cacher la vivacité de vos sentimens sous les dehors de la politesse. Depuis lors, vous avez commencé à vous promener dans ma rue, à soupirer sous mes fenêtres ; et soit la nuit, soit le jour, vous étiez sans cesse ou immobile comme une statue devant ma maison, ou prompt comme mon ombre à me suivre. Vous avez employé Tintermédiaire de mes amies et de mes suivantes pour obtenir de- moi, sinon de la reconnaissance, au moins de l'attention ; le temps, les soins, l'adresse qu'il vous a fallu pour me décider à lire une de vos lettres, vous le savez ; et pour ne pas insister là-dessus, je passe à des choses plus essentielles. — A la fin, persuadée que vos desseins étaient honnêtes et n'avaient pour but que le mariage, j'écoutai vos vœux, avec trop de facilité peutêtre; mais vos désirs étant légitimes, j'avais pour excuse l'illustration de votre naissance, votre conduite à mon égard, vos qualités,

' Puês quien m* viere venir Pengrinando à otro reyno, etc., etc.

CMte forme de langage tient à l'aocIeaDe consliluUoa i^\\\X(\u« ^« V^^K^itipA^ vtwm «fww en deroir Ja eoo$erver.

Tbtre éfe{>rtt. — Upè fois d'accord, dans le silence de la nuit, 8eiil( èônfidente de notre amour, nous nous parlions par une croisée d iiton appartement^ ; et bientôt, afin de ne pas éveiller l'attention d èeux qui ont Ik lottiâe d'Oublier leurs affaires pour se mêler d> téWéÈ déi autréi, j6 coiiientis à vous receToIr dans la chambre d'un àé met suivadtel, où nous pouvions causer sans être rus; précautioi Insensée A laqoélla je dois tous mes malheurs, et qui en m'aCTran chissint des cfaintes du dehors a amené chez moi tous les périls!.. Une ntiit, tous arrivet plu^ tard qu'à l'ordinaire; je ne TOiâs deman .deral pa^ maintenant si d'autres plaisirs plus vifs ne tous avaien

{es retaèdë, je dois au cohtralre vous remercier de n'être pas vem lus tôt, puisque vous veniez pour mon malheur $ tous entrez, c àii itîofaieht où mon affection inquiète, ma oonstànce alai^mée tou attendaient aTéc 6esd(>iit rèpfdches d'amour qui, mêlés de confianc et dé éèiiinte; ("éndent la tendresse d'autant plus viTe qu'ils sem lileiit Toùlôir là tiiclier; à peine avais-je commencé à vous parler ^ué j'eniènds dii bhiît dans mon appartement... je rentre pou Savoir èe qiie é'èSt... tous, voUs penser que c'était une bouderi éfteciée dont je punissais votre retard, et vous me suivez... Alors., d ciel! quel éouvenlr cruel!... la voix me manque!... alors, je vol devant moi... un honune enveloppé dans son manteau... qui s'avan çant vers mot...

Entre FABIO.

FAMO.

Mohseigneur, le éàTalier chez qui tous m'avez envoyé attend . votre porte.

4, . , ^^ CARLOS, à téonor.

Rentrée enei toùs^ Ù ne faut pas qu'il vouS voie encore.

Hélas! rien ne manque à mes malheurs... Je n'a! pas même h inste consolation de les alléger en les rappelant.

DON CARLOS

C'est en vain que vous prétendez vous justifier.

FABIO

Vite, vite, madame, si tous devez vous cactier ; cair il entré.

PON CARLOS

Laisse-nous seuls. ( Â Léonor. ) Vous écouterez notre conver sation.

Fabio sort.

LlêONOR. .

Ah 1 combien j'ai à me plaindre de ma funeste étoile !

Btle lorU * No9 haHabamot par WM

i^ appelle fiffig, êo Jbpa^otf, h feoftre du ret-de^oitée, ^m\\e j^e\»rc«a;wi^.

JOIIRNËK I, SCENE 1. 7

DON CARLOS k

Je n'ai pal itiolbs à me |)laindré dd k iiil«tifi«, puisqa'ell» m'a repris te qa'ellé m'avait ^onuë.

fentre DON JUÀN.

, ,. ' . .,. , DON JUAN

Don Carlos I cher cousin I

.1 . DON GARL08.

Embrassez-moi, cher don Juan!

^ ; J)qN JIJAN..

. Je ne le devrais pas; mais j'ai beau avoip? Goi|tre vous les pîas justçs motifs de plainte, je vous vpis et j'oublie tout. -* Vous êtes j^ Valçnçe, don,, Carlos, et vous n'êtes pas chez moÛ Qu'èti eeci? pourquoi cette injure à mop amitijé, à notre parenté T

DON CARLOS

Grand, merci, .don Ju|in, de vos aimables Teprpctie|i;. oiais si. tous saviez mon excuse, vous ne vous plaindriez pas. Comment vous portez-vous?

DON JUAN

Comme un homme disposé à vous servir en toute circonstance et malgré tout.

DON CilRLOS* .

Et votre sœur, ma bien-aimée cousine?

DONUUAN.

À merveille. —Mais laissons là, je vous prie, tous les compli* mens^» Qui vous amène ici, don Carlos? qu'y a-t-il de nouveau à Madrid?

DON CARLOS

Que voulei-vous qu'il y ait, don Juan? mes malheurs; j'ai beau les fuir, partout ils me retrouvent.

DON JUAN

Le peu que vous me dites, ce mystère, vos soupirs, tout augmente mon désir de savoir le motif qui vous amène.

DON CARLOS

Il y a quelque temps je vis une beauté et je l'aimai ; et ce sentiment fut en moi si rapide, que je ne sais vraiment par où je commençai, — de la voir ou de l'aimer. Passionné, je lui rendis des soins ; constant, je souffris ses dédains; tendre, je méritai quelques faveurs; jaloux, je pleurai sur mes tourmens^ Car tels sont les quatre âges de l'amour : il natt dans les bras du dédain, il croit

Mas dexemoM

El eumpUmientOi par D%0Sj ÇuÊ u un hidalgo muy neet».

Ifot à aMt t « Hait laiMoof là !• eomplimeot, pour Dieo 1 ear «^ett un gMtlIfcoflUM i»rl toL » A l'flpoqve det GaMeron, le Biot Aidajfo, ^ éUiV «aUeto^ xiti VAf)^ VaiMtâlvQg|^« tonaïaiwffikàBB. pJa§ déiigitef qn'oB genUlbonat ai eu&VH^'^ ^"^ Ijnww^ H%

compnid dèg ion riateoïiofi de Càldcron.

tous la protection du désir, il s'entretient avec les faveurs, ei meurt empoisonné par la jalousie... Or, une nuit, j'étais avec elle dans la chambre d'une de su suivantes, qui communiquait à son appartement, lorsque nous entendons du bruit chez elle. Elle rentre. Moi, craignant que ce ne fÙt son père, et lie voulant pas l'abandonner en ce péril, je la suis.... lorsque nous voyons un homme qui sortait de sa chambre, enveloppé dans un manteau, et marchant avec la plus grande précaution. «Qui est-ce?» dit-elle. « Quelqu'un, répondit-il, qui voulait seulement voir ce qu'il a vu.» Moi je ne dis rien. Excité par la présence de ma dame et par ma jalousie, je remis à mon épée le soin de parler pour moi ; et nous nous battîmes, résolus tous deux à vaincre ou à périr. Le ciel, doisje dire dans sa clémence ou dans sa colère, je l'ignore ; mais en6n le ciel voulut que mon adversaire tombât mortellement blessé ; et nous eûmes ainsi le même sort ; car au moment où sa blessure le faisait expirer, mol je succombais à la jalousie... Vous pensez sans doute, don Juan, que ce fut là tout mon malheur, et que c'est cette disgrâce qui m'oblige à venir à Valence pour fuir les rigueurs de la justice f Eh bien, non. 11 me reste à vous raconter l'aventure la plus extraordinaire, la plus surprenante que l'on ait jamais lue dans les annales de l'amour. — Au bruit de nos épées, au désespoir de ma dame, ses femmes se mirent à pousser des cris dont son père fut réveillé. Voyez-moi maintenant, dévoré de jalousie, exposé à la colère d'un noble vieillard, et prêt à être enveloppé par ses gens, tandis que j'ai, d'un côté, ma dame évanouie, et, de l'autre, mon adversaire gisant à mes pieds. Telle était la situation critique où je me trouvais, lorsque, reprenant ses sens, ma dame me supplia de protéger sa vie... Il faut l'avouer, quand une femme a commis une faute, il n'est point maladroit à elle de se confier à un homme de cœur... Qonc, malgré sa trahison, malgré l'outrage que j'avais reçu, je ne pensai qu'à sauver ma dame, et non à me venger. « Suivez-moi, » lui dis-je. Et la protégeant de mon épée et de mon corps, je lus bientôt avec elle dans la rue; puis, la crainte nous prêtant ses ailes, nous trouvâmes un moment après dans la maison d'un ambassadeur un asile assuré. — J'envoyai chercher un des domestiques de ma dame, lequel, après s'être informé de tout en secret, vint me dire que le cavalier blessé était un étranger qui suivait un procès à Madrid. 11 me dit son nom, que je ne me rappelle plus. Il ajouta que, blessé à la tête, il était tombé sans connaissance, mais que le coup, bien que dangereux, ne lui avait pas ôté la vie ; qu'un alcade l'avait arrêté et fait transporter dans une maison voisine; que l'on me connaissait pour l'agresseur, et que l'on avait saisi mes biens. Enfin, je sus aussi que le père de la dame, avec la sagesse et la prudence qui convenaient à son âge et à sa noblesse, n'avait fait aucune démarche, n'avait déposé aucune plainte, remeUaBtsam doute à son courage le soin de sa yeuf^eance.

— Alors, au milieu de tant de peines et regardant comme un devoir de sauver celle qui les avait causées, je me suis décidé à quittei Madrid et à venir dans une ville où nous soyons en sûreté contre les recherches de la justice et la fureur de sa famille. Dans met chagrins et mes obligations j'ai pensé à vous, et je viens réclamer votire assistance. Cette dame, don Juan, je l'ai emmenée avec mdi, ' ne songeant qu'à son salut, et faisant taire mes justes ressentimens. Quand je l'aurai mise en sûreté, ce qui est ma première obligation, je n'aurai plus qu'à remplir la seconde i|ue m'ont faite mes malheurs : ce sera de quitter cette femme cruelle que je défends comme homme d'honneur, que j'adore comme amant, et que je fuis comme offensé. Oui, tourmenté de passions opposées, et réunissant tout à la fois les sentimens d'amant et de cavalier, plein de tendresse je la chéris, et plein de jalousie je l'abhorre ; et ces deui obligations je les ai si rigoureusement remplies, que de Madrid ici, — vous pouvez me croire, — je ne lui ai pas adressé deux paroles, si ce n'est ce matin. Je n'ai point voulu que Ton pût jamais dire de moi que mon ^courage avait été moins puissant que mes désirs : car, à mon avis, celui-là est un homme sans délicatesse, celui-là est un insensé, un làdie, un misérable, un infâme, qui, abandonné à ses appétits sensuels, à ses désirs brutaux, se contente, en amour, de l'accessoire, après avoir perdu le principal. — Maintenant, don Juan, voyez, je vous prie, comment* cette dame pourra vivre à Valence sous un nom supposé ; dans quelle maison, dans quel couvent, dans quel village je puis la placer avec sûreté. Le peu que j'ai pu emporter de Madrid je le lui laisserai pour ses besoins. Quant à moi, mon épée me suffit; car aussitôt que je l'aurai mise hors de danger, me hâtant de la fuir, je vais servir le roi en Italie, et là. je demanderai au ciel que la première balle vienne frapper ma poitrine. Que puis-je, hélas ! souhaiter de mieux que de voir promptement terminer tant de craintes, de peines, de tourmens et d'angoisses, que l'amour mè fait éprouver et que l'honneur me force à fuir ?

DON JUAN

Votre histoire est si extraordinaire, votre aventure si inouïe, que je n'ai qu'une manière d'exprimer mon étonnement, — le silence. Laissons le passé, puisqu'il n'y a plus de remède, et tâchons de pourvoir au présent. Assurément ce qu'il y aurait de mieux ce serait un couvent ; mais il vous faudrait payer la pension de cette dame, et vous-même 4tes privé de vos biens et réduit à une pension alimentaire. Pour moi, don Carlos, mon âme, ma vie, mon honneur, tout ce que je suis est à vous; mais mes affaires se trouvent en ce moment dans une situation fâcheuse, et je ne dois pas YOUfl offrir un concours que je ne suis pas sûr de pouvoir continuer. Bone, peut-être, devriez \ous placer cette dame Odl<&i> \&sà>> ^\»\v j'ose croire,,.

tO LB PIRE N'EST PAS TODÏODRS CEHTAIN.

1KKX CARLOS.

ITadwTvi pas. Je smt teasible à tos offlres, maU j« no saotab kt accepter, ni donner à ma cousine des loucis d'une telle nature... 4'aiitant que je la respecte trop pour placer chez elle ma dame..... ^ peut bien, il est Trait par sa naissance s'asseoir à ses côtés; ■uùs des STentures de ce genre jettent toujours un mauyais lustre mt la plus antique noblesse.

DOX JUAN.

To«l peol s'arranger. Ma sœur vient, ces jours-d, d'établir une de ses femmes, et elle a besoin de la remplacer. Moi, je fais la cour à une dame amie de Béatrix, qui mérite la plus entière confiance. Je prierai cette dame d'enrojer chez nous de sa part la personne en question, et ainsi ma sœur, ignorant qui elle est, ne pourra éprouter aucune peine à la recevoir. Quoiqu'il soit bien llcbeax pour cette personne d'entrer en cette qualité auprès de ma sceur, la situation pourra se supporter : elle ne sera suivante qu'en public, et en particulier elle sera traitée comme dame. Pour Moi, je serai attentif à la senrir en tout ce qui pourra lui plaire.

DON, CAELOS.

Ce serait le moyen le plus sûr, j'en conviens; mais, don Juan, je vous l'aTOue, je n'oserai jamais le proposer à Léonor; car enfin....

Entre LÉONOR.

lioxoà.

Arrêtât, don Carlos, c'est à moi de répondre. — Seigneur don luan, non seulement je serai contente et flattée de servir dans votre maison ; mais vous aurez en moi une esclave dont votre obligeance vient de payer le prix ; et si, au milieu de mes malheurs, je puis éprouver quelque consolation, ce sera d'avoir pour maître un cavalier qui tient de si près à don Carlos. Je vous supplie donc hum* blement, et à genoux, de vouloir bien m'accorder cette faveur. Et comme d'après le récit de don Carlos, je dois vous paraître coupable, et que je serais désolée fei vous croyiez admettre chez vous une femme aussi légère que je vous le parais ; pour qu'il ne vous reste pas le moindre doute, puisse le courroux de Dieu m'anéantir à l'instant, puisse le del m'ètre à jamais fermé, si, dans aucune occasibn, j'ai donné à l'homme qui se trouva chez moi lé motif de tant d'audace, à moins qu'il n'ait vu dans mes mépris un encouragement à sa témérité t

DON lUAN.

Votre beauté et votre esprit, madame, vous recommandent de la manière la plus forte ; et si ce que j'ai proposé est un service, ce n'est plus pour don Carlos que je vous l'offre, c'est à votre consi^ dération. Veuillez, je vous prie, m'attendre. Je vais chez ma dame lui demander une lettre que vous porterez à ma sœur. Je reviens à l'instant.

VV«otV.

LéONOR.

Enfin, don Carlos, vous voilà arrivé à raccomplissement de vos désirs; vous allez être délivré de ma présence. Je n'ai plus à vous demander qu'une seule chose. C'est une grAce que vous ajouterez à toutes celles dont je vous suis déjà redevable.

DON CARLOS

Au nom du ciel, Léonor, ne parlez pas ainsi ; vous déchirez mon cœur... ce n'est qu'au moment où je vais vous perdre, que je sens à quel point je vous aime. Dites cependant, que désiitsz-vous de

moi?

LléONOR.

Que si, désabusé quelque jour,, vous voyez enfin que vous m'avei soupçonnée injustement , vous accomplissiez la parole que vous m'avez dqnnée.

DON CARLOS

Ah I Léonor, pour payer un tel bonheur ce ne ferait pas assez... Je vous donnerais alors mon Ame, ma vie... Mais eomment puis-je m'attendrir ainsi? N'étes-vous pas la même qui teniez un homme caché dans votre appartement? Non, je ne veux pas. être détrompé, et je n'y compte pas. Mon seul désir, maintei^t que voua èteg en sûreté, c'est de vous fuir

LÉONOR

Allez, allez, le ciel quelque jour prendra soin de me jus ti^er.

DON CARLOS

Ah ! Léonor, s'il ne me fût resté cette espérance, je serais mort de douleur i

Eh quoi l don Carlos, tantôt vous me parlez avec tendressjs, tantêt avec fureur ! Pourquoi donc croyez-vous plutôt le mal que le bien? Ne puis-je pas être innocente ?

DON CARLOS

Hélasl je crains, et dans le doute il faut toujours croire le pire.

LÉONOR

Eh bien I je me confie dans mon innocence, et un jour sans doute vous apprendrez que, malgré le préjugé vulgaire, le pire n'est pas toujours certain.

lU sortent.

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