‹ Théâtre de CalderonChapitre 71 sur 96 · SCÈNE n · texte numérisé non relu

SCÈNE n

Un jardin.

Entrent DON FEBRAND (ABEN HUMETA), DO!^A ISABELLE (UDORA).

une foule de Morisques, et des Mosiciens.

DOIf FERNAIO).

Sur le penchant de cette colline où la nature semble avoir réuni toutes les fleurs, afin qu'elles reconnaissent toutes la souveraineté de la rose, sur ces gazons verdoyans, é mon épouse chérie ! tu peux t'asseoir un instant. (Aux Musiciens,) Vous autres, chantez; voyons si la musique ne vaincra pas sa mélancolie.

ISABELLE

Taillant Aben-Huméya, dont le noble courage se verra bientôt couronné non pas seulement du chêne de rAlpujarra, mais des lauriers ingrats qui ne croissent que dans la plaine, et qui bientôt dois soumettre à leur tour les Espagnols, ma mélancolie continuelle n'est point le mépris du bonheur que m'offrent ta grandeur et ton amour. C'est une disgrâce, une punition du destin : car la fortune est si capricieuse et si cruelle , qu'elle ne nous accorde jamais un bien sans nous en faire payer le prix par quelque mal. Oui, crois-le, mon chagrin n'a point d'autre motif. {A part,) Plût au ciel que ce fût la vérité l {Haut.) Et puisque le sort ne m'a envoyé cette mélancolie que pour me punir de mon bonheur, sans doute je ne cesserai jamais de l'éprouver, puisque je ne cesserai jamais d'être heu-* reuse auprès de toi.

DON FERNAND

Si telle est, en effet, la cause de ta trbtesse, je ne pourrai jamais te consoler, ô ma chère Lidora ! en contraire , ta tristesse croîtra chaque jour, car chaque jour verra croître tapuissance etmon amour. {Aux Musiciens,) Allons, chantez ; célébrez sa beauté. La mélancolie et la musique furent de toua temps amies.

HUsiGiEHS, ehanUuU.

mon bonhearl 6 ma joie 1 Ife dites pas à qui vous ftteft

JOUBNÉE n, SG&NB II 917

Gaià Totra pea de durée,

D se yoil bien que tons êtes à moL

»^s^i MAUBC, DON ALYAH (TUZAIO), et DOtA GUJU (IULiCA).

mon iMolinr 1 6 ma {oie I Ne ditet pieà qui tovi étee...

DON àLTAft.

Car à Tetra pea de durée,

n se Tolt Men que tous êtes à met

Les ItitrvflieBt oonUnoent de joMr peedaat h i

CLARA, à part, ^ ehtnt m'a pénétrée d'une indicible émotion*

DON ALYAR, de même, ^

Q me semblait que ees paroles renfermaient an triste présage.

CLABA.

Aq moment où mon père Tenait traiter de mon mariage t

nOIf ALYAA.

Aa moment où l'amoiir consentait enfin à eiaoeer mes Toeux !

Bonheur que j'espérais, écoutex.

DOIT ALTAm*

i^utei, désirs impatiens.

LES MUticiENS, chontant.

Oui, à Totro peu de durée,

11 se voit bien que tous êtes à mot.

MALBC, à don Femand.

Seigneur, puisque l'Amour s'est toujours plu à mêler ses jeux aux jeax sanglans de Mars, je venais te prévenir que je marie enfin Maléca.

DON FSRNAND.

Et quel est celui à qui tu accordes sa main ?

MALBC.

Ton beau-frère Tuxani.

DON FERNAND

J'approuve fort cette union. Je sais leur tendresse mutuelle; je sais qu'ils ne pourraient pas vivre l'un sans l'autre. Où sont-ils?

Don Alvar et dooa Clara s'approchent.

CLABA.

Me voici à vos pieds.

DON ALVAR

Permets que Je baise ta main.

DON FERNAND

Non pas, viens dans mes bras. Et puisque d'après la loi de l'Aieoran* dont nous avons repris l'observance, il n'y a pour la consé^ cration du manage d autre cérémonie que la délivrance des arrhes, je désire que Tuzani les donne en ma présence à U btVl^ Vl«i<RA.«

DON ALTAIU

Tout ce que Je puis t'offrir est indigne de toi , car rien au mondtf n'égale ton dîTin éclat. Aussi en te donnant des diamans, À toi qiL~ es le soleil de ma yie, je ne fais cpie te rendre ce qui t'appartient.- Voici un Cupidon armé de ses flèches : même formé de diamanss- Cupidon cède toujours à ton pouyoir. Les perles qui composent collier sont, dit-on, des larmes de l'Aurore : en te voyant, TAuroi donnerait de nouvelles perles, parce que, jalouse de toi, elle ei verserait des larmes. Cet aigle d'émeraudes qui, par sa couleur, in dique ihon espérance, te regardera d'un œil timide, se rappelant qu^^ l'aigle seul a le droit de regarder fixement le soleU. Cette chaîne d^>^ rubis servira à retenir tes cheveux : pour moi je n'en ai plus besoin^ j'ai désormais enchaîné la fortune. Enfin ce souvenir... mais non^ ' ne l'accepte pas ; car tu conserveras, j'espère, le souvenir de TuzanS- * sans que lui-même le demande.

' CLARA

J'accepte les arrhes, Tuzani ; et, reconnaissante de ton amour, je^ te promets de les garder jusqu'à la mort.

ISABELLE

Et moi, je vous fais mon compliment à tous deux sur cette union. ^ (A part,) Hélu I elle augmente encore mon déplaisir.

MALEC.

Allons, unissez vos mains comme vos âmes sont unies.

DON ALVAR, à ClorO,

Laisse-moi me mettre à tes pieds.

CLARA

Non, laisse-moi sur ton cœur.

DON ALTAR

bonheur!

CLARA

joie !

An moment où ils nninent lean mains on entend le brait du tanbow.

TOUS

ciel ! qu'entends-je ?

MALEC.

Ce bruit qui résonne dans ces montagnes comme le tonnerre, ce sont les tambours espagnols

DON ALVAR

Qui jamais éprouva une telle disgrâce?

DON FBRNAND.

Que la fête soit suspendue jusqu'à ce que nous sachions ce qui se passe de nouveau.

Hélas ! seigneur, ne le vois-tu pas? Quoi de plus nouveau que mon bonheur? Au moment où Te soleil commençait à briller dans won cielf les armes de l'Espagnol viennent éclipser ses rayonSt

JOURNÉE II, SCENE II. 2f9

Entre ALCOUZCOUZ, portant une besace.

ALC0UZC01JZ.

Grâcei à Mahomet et k ÀlUh, me voici enfin k tos pieds.

DON ALTAB.

D'où Tieni-ta donc, Alcouzcouz?

ALconzcooi.

Maintenant être tous réunis.

DON FBRNAND.

Que t'est-il arrivé?

ALCOQZCOm.

Moi «ttjourdirai être k mon poste, lorsque tout-i-eoup arriver, «omme en poste, un Espagnol qui me prendre par derrière. Avec deux autres, lui me mener vers don Juan qui est arrivé ; moi, feindre le crétin, et dire croire en Dieu ; alors eux point tuer moi, et moi rester captif du soldat, qui pourra bien s'en vanter. Lui, en cachette de ses camarades, me demander à moi le chemin de l'Alpojarra, et moi, pas bête, lui répondre que moi l'y conduire. Lui me donner k porter sa besace, où avoir mis son dtner, et puis tous deux entrer dans un petit sentier. Mais quand nous voir bien seuls, moi prendre mes jambes à mon cou et m'enfuir dans la montagne, et lui demeurer sans captif et sans dîner. Lui vouloir me suivre ; mais une troupe de Mores être venue, et lui s'en retourner. Alors moi venir te dire que don Juan-qui-triche être tout près dans la campagne, et avec lui le grand marquis de Montèche, le comte de la Belette, le marquis de Luzbel, et celui qui dompte les soldats les plus flegmatiques, don Lope Figure-de-Roi, et enfin don Sanche-Devine ^ Tous aujourd'hui marcher sur l'Alpojarra contre toi.

DON FBRNAND.

Il suffit. {Âuœ âioritquêM.) Une semblable nouvelle est faite pour plaire à notre courage.

ISABBLLS.

Déjà sur le penchant de cette haute montagne, derrière laquelle le soleil va éteindre sa clarté, on voit confusément descendre les escadrons armés qui foulent notre territoire.

MALBC.

Grenade a réuni tout ce qu'elle a pu de troupes pour cette expédition.

' HoataTOBid^reman|iiëqii6Aleoiiiooaian«Dge à ngane las Doini propret MHDiiM d muge laitue.

B yo vtnir ton moim

Df 91M yd Miiy Mrm dbso

Don Jmam de Amàiêitria «1 c m mpaê m

À quUn âtdr 91M aeompaia

El gnn mm rq mu d$ Mondejo

Ctn al mm rq mu d$ ImsM,

7fl que fnmatieoM doma

Don Lop» Figura-Jhma,

TStnoMmi ton el, etc., etc.

DOrCFERNAND.

Le monde, et même plusieurs mondes, seraient peu pour dooi yalncre, alors même cpie celui qui marehe sur notre impénëCraBle retraite serait le fils de Mars au lieu d'être celui éë Chailes-Quint* Qu'ils couvrent d'apprêts militaires la cbatne entière de ces.niootagnes, ces montagnes seront leurs tombeaux, et ces rochers lear senriront de monumens funèbres. Et puisque enfin la fortune oons offire l'occasion de les combattre, qu'ils nous trouvent soûs léBarmei, prêts À lutter contre toutes leurs forces. Pour cela, que chacun retourne k son poste. Toi, Malec, à Galère ; toi, Tuzani, à Gabia; moi, je reste à Rerja. Que celui de nous sur qui le destin fera tonÂerle premier dioc des chrétiens compte' sur la protection d'Allah, eai c'est la cause d'Allah que nous défendons. Retourne à Gabia, mfi^ dier Tuzani, et ces lêtes qu'attend ton amour impatient, nous lc& célébrerons après la victotae.

Tout lorlMt, eseeplé don Altar, dofta Clara, AleoMciww et Btfttrix (Zin).

mon bonheorl 6 ma joiel Ne dites pas à qui tous êtes.

DOM ALYAR.

Car à TOtre pea de durée, n se Toit bien que tous êtes à moi.

Félicités trompeuses.

Qui expiiez ayant de toit le jour.

DON ALTAIU

Roses eaflillies «Tant le temps, Fleurs tombées aTant le jour 9

CLARA

Si fanées et flétries , Vous tombez au premier sou£Qe,

Me dites point que tous domiez le bonheur ,

CLARA

Puisqu'on ne peut tous posséder.

DOM ALTAR

Non , non , mon bonheur , ma joie, Ne dites pas à qui tous êtes.

CLARA

Car à TOtrspeade duée 11 se Yoltbien que tous êtesà mm '.

DON ALTAR

Dans un si grand ennui» j'ose k peine, chère Maléca, t'adresser 11

• Nous nota cru devoir abréger eette espèce de cfcio, qui ne peui avoir de ch>nM ^ii'éait en ren efpagnols, et pu Galderoo.

^Tole. Hélas! au moment où ramoiur me prometlait la Tictoire la ^118 douée et la plus désirée, yoilà encore mon espoir ajourné. Aussi dois-je Me taire, ear ma bouche serait impuissante à t'exprimer les lentimens qui a^^tent mon oœur.

CLARA

Oui» mon ami, garde le silence; il conTient miem à une situation «DBii triste. Et d'ailleurs à moi-même il me sérail difficUe de t'entendire; ear mon esprit, préoecupé de mes chagrins, pourrait difficikoient prêter son attention à les paroles. Quelle infortune que la nôtre, puisqu'elle noof refuse» à toi de me donner, à moi d'écouter deieonsolalionsl

DON ALTAA.

Le roi m'enyoie à Gabia lorsque tu restes à Galère ; et laraoury vahieu par l'honneur, eède en gémissant à sa puissance. Demeure cione id, 6 mon épouse 1 sous la protection paternelle; et fasse le Cad que l'ennemi qui nous menace tourne ses forces contre le pays c>ù je Tais, en respeetani les lieux que tu habites I

CLARA

Ainsi donc je ne te yerrai plus jusqu'à la fin de cette guerre ?

DON ALYAR.

Non pas! je yienditi te yoir toutes les nuits. Les deux places ne Kont séparées que par une distance de deux lieues. Cette distance, ftnon amour la franchira rapidement.

CLARA

Oui, Je sens moi-même que des obstacles plus grands encore ne Carraient pas arrêter l'amour. Moi, chaque soir je t'attendrai sur i^e haut du rempart.

DON ALYAR.

Et moi, sur de ta tendresse , j'irai tous les soirs à l'endroit indic^aé... Adieu... Mais en nous séparant, donneHoaoi un baiser pour

^agedetafoi.

On entend an bnit de lunboun CLARA.

Hélas ! Toilà le tambour qui résonne de nouyeau.

DON ALTAR

Qael contre-temps 1 Quelle disgràeet Quel ennui I Qoddiâgrin!

C'est done Ift «iiàert CetiBBOUtit*

DON àVTAM,

D0\ ALVAR

llëlas t l'amour n'est qu'une pénible mort.'

Ils sorieDt. Alcottxcouz reste aT«e Beatiiz* B^ATRIX.

Puisque nous yoilà seuls, approche, Alcouzcouz.

ALCOOZCOOZ.

Cette amabilité, ma petite Zara, être pour le bissac ou pour mo^

BÉATRIX

Quoil toujours le mémel... toujours sans souci lorsque tout ^ monde est dans la tristesse ! —Ecoute.

ALCOUZCOUZ. {

Cette gentillesse, ma petite Zara« être pour moi ou pour le bi sac?...

BÉATRIX

C'est pour toi. Mais puisque tu manques ainsi des égards que li^ dois à mon amour, je veux voir ce qu'il y a dans le bissac.

ALCOUZCOUZ.

Alors la chose être claire. C'était pour lui et non pour moi.

BÉATKIX.

Quoil voilà du porc! ta ne crains pas de porter cela avec toit^^ CieU que vois-je? du vin!... — Tout ce que tu as là, Alcouzcouz, est du poison. Je ne veux ni le toucher ni le voir; et toi* prends garde ; tu es perdu pour toujours si tu en goûtes.

Elle sort.

ALCOUZCOUZ, seul.

Tout cela être du poison 1 — Oui, il faut le croire, Zara le dit, et Zara se connaitre en poison. Puis Zara l'avoir vu, et Zara, qui est si gourmande, n'avoir pas voulu le goûter... oh ! oui, c'est du poison. — Le crétin, sans doute, avoir voulu tuer Alcouzcouz... Oh! le vilain! Mais le grand prophète IMaiionielm'avoir délivré parce quemui lui oirrir d'aller à la Mecque voir son jambon. (Bruit de tambour.) Bon ! encore le son de ces damnés tambours ! et puis toute la montagne pleine de soldats l Moi courir vers Tuzani. — Y a-t-il quelqu'un ici qui vouloir de mon poison ^?

lleort.

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