‹ Théâtre de CalderonChapitre 85 sur 96 · DEUXIÈME VILLAGEOIS · texte numérisé non relu

DEUXIÈME VILLAGEOIS

Dis-lui que celui qui l'a tué était un Tibère et un Sardanapale.

BENlTO.

Je lui dirai, moi, tout ce qu'on voudra.

ANTONA.

Et tu ajouteras que nous prions le ciel pour qu'elle vive aussi long-temps que Malhusalem.

* Tool à l'heure le château d'Hélène s'appelait Miraflor, MainlenaDt il s'appelle fifl fior. 11 paraît que ce cbftteau avait deux noms.

' Il y a ici un jeu de mois intraduisible sur pesam» (j'ai du regret\^ un com^Uv^va.* de coodoléance, et peseta {ayez du regret), espèce de inai\éd'\cV\oYi. «.Vov^rc^oïv n^^x>v«w ^ae je donne le pestune à Ja comtesse, puist^ue ^e ne re^tQVVA t\eut... ^«Wv ^ov^^vcti^ lepetete. »

BBIfTTO.

Voilà qui fa bien.

AlITONA. *

Et que le eoofdl municipal n'a envoyé ni musiciens ni collation, parce que toatei eef marques de r^ouissance d^laisent à une pw* sonne dans le chagrin*

BUflTO, à BélèfM,

Madame notre comtesse, qui êtes si belle et si appétissante qu'auprès de Vous doiia Ténus et dona Anne > ne sont que des ^ureoseï de Yaisselle, en Tenant à Belflor pendant qu'on célèbre des lêtei I Naples, vous ayei bien fait si tous n*aTiez pas le désir de les Toir... Nous vous en ftdsons tous notre compliment, car ilous en sommet enchantés. Que Dieu fasse grâce au prince TOtre frère; il en a bon besoin, car il aTait beaucoup d'arrogance, et il est mort en yrai . fanfaron >. Mais pour être juste envers tout le monde, celui qui l'a tué sans avoir pitié de lui était une vipère, et il ressemblait à Sardana le Pâle*. Enfin, quoi qu'il en soit, madame, puissiez-vous, pour vous amuser, puissiez-vous vivre, contente et en bonne santé, plus d'années que n'en a vécu Matthieu d'Allem ^... (Il salue, ê^éloigM, et revient,) A propos, madame, j'oubliais de vous dire que le conseil ne vous a pas envoyé les musiciens ni la collation, parée qoe quand on est triste on n'est pas en train de se r^ouir.

Entre FRÉDÉRIC.

FRlâDlÊRIC.

Bons villajg;eois, et vous, noble et belle dame, qui brillez au milieu d'eux comme la rose élégante parmi les fleurs des champs, regardez d'un œil compatissant un pauvre infortuné dont l'âme succombe sous le poids de ses maux. — J'étais un riche marchand, oni, et si riche qu'un seul de mes joyaux valait le trésor du plus grand roi. Je suis venu aux fêtes de Naples, avec l'idée que, dans un tel concours de princes illustres, je placerais plus aisément les objets de mon commerce. J'ai réussi coinme je le désirais. Je dirai même : plût à Dieu que je n'eusse pas si bien réussi ! plût à Dieu que je n'eusse point retiré de mes marchandises des profits si considérables ! car la perte m'en afflige d'autant plus... Je pensais à retourner dans ma patrie, riche de biens et d'honneur (j'aurais dû me contenter de dire riche, car aujourd'hui richesse et honneur sont même choses;

* Qu9 son fregoncu eonella Dona Venus y dona Àna.

On voit que Benito a entendu dona Anne pour Diane.

* Que el murtd en supresuneUm Como el otro fanfarron,

Beniio a entendu fanfaron ponr Phaëton.

* Au lien de Sarianeq^lo , Bénito a entendu êardi im dêpàlo (une sardine de boit ). Aa lieu ée >ValvM(è«,BeniUK <roi n ToTeato ViMm ^m»> % twMwi^wU^^hiéa de aUm

mais U en a été de mes vains projets comme de la beauté de eetta fleur charmante à laquelle je vous comparais tout-à-l'heure» et qui. au moment où elle triomphe de se voir si brillante, tombe flétrie au souffle de Tautan furieux ; ainsi moi, triomphant, je me voyais déjà au sein de ma patrie, sans considérer que le ciel se plaît à renverser les vains projets des hommes. — Qu'importe, hélas! que l'homme propose et détermine, s'il y a des étoiles qui disposent et réalisent en se jouant de ses desseins, et si notre vie s'écoule sous l'irrésistible influence de ces astres ^. Donc comme je traversais cette forêt, toutà-coup s'est présentée devant moi une troupe de brigands qui y ont établi leur séjour. Je voulus d'abord me mettre en défense, — car je ne suis pas de ceux qui préfèrent la vie à tout, et qui l'achèteraient aux dépens de leurs biens et de leur dignité; mais ils m'appliquèrent deux pistolets sur la poitrine, et alors^ — non pas certes par crainte, mais par un motif purement religieux et chrétien ^; — je leur remis tout ce que j'avais. Non contens de cela, ces misérables s'imaginaut que, par une ruse ordinaire aux gens de mon état, j'avais caché des bijoux dans mes vêlemeusi ils m'enlevèrent mon habit et me laissèrent à demi nu en ces bois. Voilà trois jours que s'est passée cette aventure, — trois jours que j'habite ces rochers, ne vivant que de fruits sauvages et d'herbes grossières... Mais enfin, madame, puisque le hasard m'a conduit là où vous êtes, je vais connaître s'il est vrai qu'on trouve ici-bas le plaisir après la peine, la gloire après la disgrâce, le repos après la fatigue; je vais eoonaltire s'il y a de la pitié pour les larmes et des consolations aux peines des hommes.

HÉLÈNB.

Conune si mon cœur n'eût pas été assez vaste pour contenir à la lus votre douleur et la mienne, il me semble que j'ai trouvé à votre récit une sorte de douceur et de consolation. Calmez-vous, ranimez vous, reprenez espoir et courage , il est peu de maux qui soient sans remMe. Ce pays est mon domaine; vous pouvez y fixer votre demeurai, vous pouvez y braver le sort ennemi. Moi aussi je suis venue dans ces contrées pour y pleurer mes malheurs ; que la vue de mes peines vous console des vôtres. Moi, j'ai perdu un frère dont la re-

' Noat «Tons remarque, dans la notice qui précède le preaiier Tolome de Calderon qu'il enoploie soirvenl un langage qui sembierait aanonoêT la croyance tfh fàttUiine Hait ce pawage surloul semble mériter qu'on le cite :

Que importa [ay de mi ), que itripotta

Qu» il proponga y determim,,

Si ay eetrellas qtu dispongan

Yexeeuten ? Porque ellas

Quanto el hombre «crtbe, borrun.

Que es nutetra vida sombra

De aquella iu» gns influye poàtroêa. ■■

JVo fue wnor^ fus ptadota m al ser christiano.

«tt LE GEOLIER DE SOI-MÊME.

nommée vantait en tout lieu le courage et le mérite. Un homi jaloui de lui Ta tué en trahison... Prononcer son nom, c'est fai son plus bel éloge : il s'appelait don Pédre Sforze.

PRÉDéRic, à part

Grand Dieu ! qu'en tends-je ?

On Ignore et je Toudrais savoir quel est le lAche qui l'a assassin Ce doit être sajis doute quelque démon sorti des enfers, car il ( impossible de découvrir comment il a pu s'échapper, en quel li( il se cache.

FRÉDÉRIC, à part.

J'ai bien cboisi mon aille 1

Le malheoreiix m sert sans doute réfugié dans les entrailles < la terre.

FRÉDÉRIC

Madame, la même cause a produit chez nous deux effeta bien di férens : vous, la vue d'un malbeureui vous a consolée; à moi, la n de votre malheur m'est une nouvelle affliction. Oui, vive Dieu!, sens votre douleur aussi vivement que si elle se confondait avec mienne... Quant à l'offlre que vous me faites de me recevoir dai vos domaines, je l'accepte avec reconnaissance; d'autant mieui qu n'est rien de plus pénible, quand on a été nche» quedereotr pauvre dans son pays.

BBNTTO.

Ah çà, monsieur le déshabillé^, jusques à quand votre grà compte-trelle parler? Vous devriez vous rappeler que moi j'étais train de parler lorsque vous êtes venu, et il n'est pas poli de m'aT< coupé le sifflet au milieu de ma harangue.

HéLÈNB , à part.

Gomme cet homme paraît sensible I combien il a montré de i serve et de mesure!... En vérité, son air, ses façons, m'ont gagD( cœur.

s2Nrro, à Hélène.

Dieu vous garde !

ANTONA.

Benito, on ne te parle pas.

BKIfTTO.

C'est pour une autre fois.

HÉLÈNB, à Frëdérie.

Comment vous nommez-vous ?

* SMorciMniMio.

Il parait qae l'aatMr qai jouait le rôle de Frédéric n'entrait sur la scène qne très romplèteme^t v|t«.

EspagnoL

Benito.

fit rétes-TOutt

Moi?

BBNITO.

1IRN1T0.

Oui, madame* je rais né à Barcelonne.

HÉLÈNE

On reconnaît en tous les enfana du loleil K (A part.) Jaroaia je n'ai Yu un homme mieux fait.

BRlflTO.

Youi me flattex, madame, et je suis à Yotre senriee.

ANTOPTA.

fa BM feras perdre l'esprit ; ce n'est pat à toi qu'on parle.

HÉLÈNB.

Voua aeeeptex donc ce que je vous ai proposé?

FRlÉDéRIC.

Madame, dans le port qui s'ouvre devant moi, j'oublierai, je le sens, la tempête et le malheur.

HéLÀNB.

On voit à son langage que c'est un homme bien né.

BENITO

Oui, certes, je suis très-bien né ; car ma mère m'a dit, sll m'en souvient, que j'étais né par les pieds.

HÉLÈNE

Si je réussis dans mes desseins au gré de mes espérances, si je parviens à me venger de cet ennemi inconnu , — car, vous le savei, la vengeance est le plaisir des femmes, — je vous en donne ma parole. Espagnol, je ferai en sorte que vous oubliiez vos malheurs.

Elle tort.

FRÉDÉRIC

Votre bienveillance suffît, madame, pour me faire tout oublier. [À part,) fortune 1 dans quelle situation m'as-tu placé? Celle qui veut ma mort me rend la >ie ! celle qui me recherche me protège ! celle qui me poursuit me donne asile !... Eh bien l demeurons chez elle, car il n'est pas une hospitalité plus sûre que celle que Toua offre un ennemi ^.

Ils > nrleat.

. * Todos sois hijos del toi.

' Littëralcmeiii - « Car \rt coupable est plus en sOreté ||i oA il a coanoiis le délit.

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