‹ Théatre de Calderon, traduitChapitre 104 sur 156 · L'ALCADE DE /. VI..U1KA · texte numérisé non relu

L'ALCADE DE /. VI..U1KA

CBESPO, du dehors.

Tuei-moil pnrpiti(;, tuez-moi!

ISABELLE

0 ciel! lui aussi, il invoque la mort. 11 est donc d'autres malheureux pour qui l'existence est insupportable!.... Mais que voisje?

Une loile so lève, et l'on voit CRESPO, attaché à un arbre.

CRESPO

Si dans ces forêts il se trouve quelqu'un dont le cœur ne soit pas inaccessible a la pitié, qu'il vienne me donner la mort... Mais qu'aije aperçu, grand Dieu!

ISABELLE

Un homme attaché, les mains liées, au tronc d'un arbre !

CRESPO

Une femme qui conjure le ciel, qui se plaint et gémit!

ISABELLE

i l'est mon père!

CRESPO

C'est ma fille!

Mon père! mon seigneur!

CRESPO

Viens, ma fille, approche; détache ces liens.

ISABELLE

Je n'ose, mon père. Car, si après avoir rendu la liberté a vos mains je vous apprends mon malheur, furieux, vous tuerez une fille indigne qui vous a déshonoré. Sachez d'abord, mon père...

CRESPO

Non, Isabelle, tais-toi ; il est aes malheurs qui n'ont pas besoin d'être racontés. Un seul mot les révèle.

ISABELLE

J'ai beaucoup de choses a vous apprendre ; votre vertu s'en irritera, et avant d'avoir tout entendu, vous voudrez vous venger. — Hier au soi i , il vous en souvient, j'étais tranquille auprès de vous, je goûtais cette douce sécurité que vos cheveux blancs inspirent à ma jeunesse, lorsque ces traitro masqués, se précipitant sur moi, m'enlevèrent malgré ma résistance, comme des loups affamés ent une brebis innocent''. Ce capitaine, cet hôte ingrat, qui en entrant dans notre maison y avait introduit le trouble et la perfidie m'a saisie dans ses bras, pendant que des soldats, ses complices, protégeaient son attentat. Puis , il m'a emportée dans cet endroit retiré de la forêt, comme dans un asile assuré; car c'est dans les que tous les crimes trouvent un asile. — Ici même, après avoir deux fois perdu connaissance, j'ai entendu votre voix qui s'est affaiblie peu à peu et a bientôt cessé de parvenir à mon oreille. D'à*

bord, ce que j'entendais, c'étaient des paroles distinctes; niais ensuite, ce n'a plus été qu'un vain son que l'écho lointain répétait confusément. Ainsi, quand on écoute un clairon qui s'éloigne, longtemps encore après qu'il est parti, on entend dans l'air des vibrations qui vous en rappellent la musique. — Donc L'infâme, voyant que l'on avait cessé de le poursuivre, que je n'avais personne pour me défendre, et que la lune elle-même, soit cruauté, soit vengeance, avait caché dans un sombre nuage celte lumière qu'elle emprunte au soleil, l'infâme voulut, il voulut, le misérable, justifier son Miiour par d'hypocrites paroles. Qu'il faut être hardi pour passer ainsi, d'un instant à l'autre, de la plus lâche offense a des protestations de tendresse!... Malheur, malheur à l'homme* qui veut obtenir un cœur par la violence' Comment ne voit-il pas que le véritable triomphe de l'amour est dans l'aveu de l'objet aimé, et que, sans cet aveu, sans le consentement du cœur, on ne possède jamais qu'une beauté froide et morte?... — Que de supplications je lui adressai ! avec quelle véhémence et quelle force, tantôt lière, tantôt soumise, j'ai tâché de fléchir son cœur!... Mais, hélas! vous le dirai-je, mon père? orgueilleux, cruel, grossier, effronté, audacieux, il n'a rien voulu entendre; il a été sans pitié; et si ce que ma voix n'ose pas prononcer peut vous être expliqué par l'action, voyez, mon père : je cache mon visage de honte, je pleure amèrement mon malheur, je me tords les mains de colère, je frappe mon sein avec rage: c'est à vous d'interpréter ces démonstrations... Bref, j'exhalais des plaintes inutiles que le vent emportait, et je ne demandais plus de secours au ciel, contente d'invoquer sa justice, lorsque l'aube a paru, et, guidée par sa clarté, je me suis avancée dans la forêt; mais tout-à-coup j'entends du bruit, je regarde, et j'aperçois mon frère. Hélas! tous les malheurs accablent à la fois une infortunée!... Lui, à la lumière incertaine du jour naissant, il voit aussitôt ce qui s'est passé, et, sans dire un mot, il tire l'épée dont vous veniez de le ceindre. Le capitaine, à la vue de ce secours, hélas! tardif, lire aussi son épée, et pare le coup que mon frère lui porte. Pour moi, tandis qu'ils se battent vaillamment, songeant que mon frère ignorait si j'étais innocente ou coupable, pour ne pas exposer ma vie dans une justification intempestive, je m'enfuis dans les profondeurs de la forêt, mais non sans regarder de temps en temps à travers le feuillage, car, malgré ma fuite, je désirais savoir l'issue de ce combat. Bientôt mon frère eut blessé le capitaine, qui tomba; et, dans sa fureur, il allait lui porter un dernier coup, lorsque les soldats, qui venaient chercher le capitaine, le trouvant en cet état, veulent le venger. D'abord, mon frère essaie de se défendre; mais, les voyant si nombreux, il s'éloigne précipitamment; et eux, tout occupés de soigner le blessé, ils ne songent pas à le poursuivre. Ils ont emporté le capitaine dans leurs bras, du côté du village, sans s'inquiéter de son crime, et ne pensant qu'a sa blessure. Et moi,

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