‹ Théatre de Calderon, traduitChapitre 39 sur 156 · EL MEDICO DE SU IIONRA · texte numérisé non relu

EL MEDICO DE SU IIONRA

NOTICE

On serait tenté de croire que M. Schlegel avait en vue le Médecin de sor honneur (el Medicode su honra ), lorsque, dans son éloquente apologie dt Calderon , il écrivait ces lignes remarquables : « Je ne saurais trouver une plus parfaite image de la délicatesse avec laquelle Calderon représente le sentiment de l'honneur, que la tradition fabuleuse sur l'hermine , qui , dit-on, met tant de prix à la blancheur de sa fourrure , que , plutôt que de la souiller , elle se livre elle-même à la mort quand elle est poursuivie par les chasseurs.» Cette comparaison , si ingénieuse et si exquise , devient d'une justesse frappante si on l'applique au Médecin de son honneur, qui se venge en quelque sorte à l'avance d'un outrage qu'il redoute.

A quelle source Calderon a-t-il puisé le sujet de sa pièce? nous l'ignorons. Tout ce que nous pouvons dire à cet égard, c'est qu'il est à peu près impossible qu'il l'ait emprunté à aucune tradition étrangère ; et quant à celles des traditions nationales que nous connaissons , nous n'y avons rien trouvé qui ait pu inspirer au poète l'idée première de son drame.

Au point de vue de l'art , le Médecin de son honneur est, selon nous , l'un des chefs-d'œuvre de Calderon. Ce n'est pas qu'on ne pût y blâmer avec justice, comme dans les autres comédies de notre poète, un certain abus de l'esprit et de l'imagination, des comparaisons redoublées, des métaphores déplacées , des hyperboles plus que castillanes ; mais que de beautés rachètent ces défauts : Même en laissant de côté l'ensemble de la composition , qui révèle un si grand génie , que l'on en étudie les diverses parties avec soin, et l'on verra comme elles sont heureusement inventées , curieuses , originales. — Dans la première journée c'est l'exposition, qui , par parenthèse , a été imitée tant de fois. Dans la seconde journée, c'est la scène , imitée aussi par Beaumarchais, où don Gutierre, cherchant dans sa maison un homme qui s'y est clandestinement introduit , saisit , à travers l'obscurité , son propre valet, qu'il prend pour cet homme et qui pousse des cris , tandis que dona Mencia s'abandonne à la terreur , s'imaginant que c'est son amant qui a été découvert par *=on mari; puis, le monologue où don Gutierre s'ingénie à expliquer de la manière la plus favorable les incidens qui ont alarmé sa jalousie; puis, cet entretien nocturne entre don Gutierre et sa femme , où celle-ci , croyant parlera son amant, décèle peu à peu à son mari le trouble de son cœur. Mais ce qui nous semble vraiment admirable , c'est la troisième journée tout entière Dès lors , pas un instant de langueur, de répit ; une situation intéressante succède à une autre; l'action marche avec une entraînante rapidité jusqu'à la scène qui termine la pièce si énergiquement. Nous nous contenterons d'appeler l'attention du lecteur sur ces deux scènes , que sépare la catastrophe , où un musicien mystérieux chante une romance composée sur le départ de l'Infant. Shakspeare lui-même n'a pas, à notre avis, un effet qui soit en même temps plus poétique et plus dramatique.

Ou a >y:'. et répété que Calderon ne peint jamais que des caractères généraux; I. 7

■a eela n'est vrai que pour les personnages secondaires. Ainsi l'Infant, cVst le )eune homme qui aime , peu scrupuleux , décidé, hardi; don biègue, c*est le vieillard réservé el prudent; don Arias , tfest le cavalier espagnol , ardent, brave , dévoué à Bon prime ; Jacinthe , c'est la duègne ou la suivante toujours i favoriser les amours de sa maîtresse. Mais 1rs personnages principaux, quoiqu'ils manquent peut-être de nuances (t-ar le talent caractéristique ne peut pas s",\, n r a loisir dans un drame d'intrigue et de passion) , sont à notre avis bien individualisés. Ainsi dona Eéonor, qui préfère la vertu à la réputation, qui est subtile ci dévote, qui déteste mais estime l'homme qui l'a quittée, n'est pas un caractère général. — Doua Hencia non plus; elle est faible et roupable, mais honnête au fond. Cette jalousie, véritable ou feinte, qu'elle témoigne à son mari un moment après la sortie de l'Infant , annonce chez Calderon une connaissance profonds du cœur féminin. — Le rôle de don Gutierre abonde en traits caractéristiques. Nous n'en citerons qu'un seul : c'est que, malgré sa loyauté , don Gutierre a , sur un simple soupçon, abandonné la femme à laquelle il avait promis sa main. — Enfin le roi don Pèdre , frère de II* nri de Transtamarre, qu'en France nous avons surnommé le Cruel et auquel jiagnols ont donné le surnom de Justicier, nous apparaît ici plein d'une grandeur et d'une vigueur qui ne sont qu'à lui , avec sa sévérité presque féroce et son terrible amour de la justice. Calderon avait sans doute une secrète prédilection pour ce prince; car dans plusieurs de ses comédies il lui fait jouer »n très-beau rôle ; il l'y représente toujours comme une sorte de Destin espagnol qui récompense ou châtie les autres personnages de la pièce , en les jugeant du point de vue Je l'honneur. — Quant au Gracioso , cette fois il s'harmonise on ne peut mieux avec le reste de l'ouvrage. Il n'appartenait qu'à un artiste de génie d'imaginer ce contraste entre le bouffon et le roi don Pèdre, et de rendre le premier plus sérieux et plus triste à mesure que le drame tourne au tragique.

Bien que l'action se passe vers le milieu du quatorzième siècle , les mœurs du Médecin de son honneur sont en général les mœurs espagnoles du dix-septième. Remarquons, cependant, que si les rois d'Espagne, au moyen âge , n'avaient qu'un pouvoir politique très-limité, ils avaient, dans leurs rapports rivils ou privés avec leurs vassaux , un pouvoir à peu près sans bornes; les chroniques et les vieilles romances espagnoles sont là pour l'attester.

Encore un mot. Avant Calderor. , un poète de la génération précédente, un Contemporain de Cervantes et de Lope, le célèbre Tirso de Molina avait traité «f-us le titre du Jaloux prudent {el Zeloso prudente) un sujet qui a quelque anale Médecin de son honneur. Calderon ne s'est point fait scrupule de lui emprunter plusieurs détails de sa pièce, et, en particulier, le monologue de don Cuti' rre, scène troisième de la seconde journée. Mais, sans méconnaître le haut mérite de Tirso, qui a la gloire d'avoir créé le type de don Juan, Caldfc/Oû, fn lui faisant cet emprunt , aurait pu dire comme Molière en semblable 'jl« constance : «Je prends mon bien où je le trouve.»

PERSONNAGES

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