‹ Théâtre de campagne: 1-9 sʹerChapitre 18 sur 70 · LES MÊMES, FRANTZ · texte numérisé non relu

LES MÊMES, FRANTZ

La comtesse court à Frantz, Georges l'arrête d'un geste et prend l'enfant par la main.

FRANTZ

Me voilà!

GEORGES

Frantz! écoute-moi bien. Te rappelles-tu l'Alsace ? Comment était ta maison de Freschwiller !

FRANTZ Oh ! je ne sais pas !

GEORGES

Te souviens-tu comment était ta mère ?

FRANTZ

Maman était bien belle!

GEORGES

Comme madame?..

FRANTZ

Oui.

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byGOOgU

LA PART DE BUTir

ai dues!... Je n'ose dire cela qu'à v< a que vous qui puissiez me comprer gardant aller et venir cette petite envie de lui crier : Merci! Se crc fermé, et sentir tout à coup uneplaa et à la souffrance, cela fait du bien,

LA COMTESSE Quel vide l'enfant va faire dans v votre douleur par celle que j'ai épn une ingrate, croyez-le. Hier, si on Un homme a trouvé votre fils, il chéri pendant quatre ans, il va vous h que vous allez faire pour cet hon Commandant, qu'est-ce que je n'ai posez de moi, je suis à votre merc bienfait est telle qu'il n'est pas en reconnaître !

GEORGES Madame, cette parole-là m'a paye

LA COMTESSE

On vous reverra ?

GEORGES

Je tâcherai.

FRANTZ, rentre en courant, suivi de î Ah ! tu ne t'es pas en allé... c'est

Joseph! faites atteler la petite voiture... Vous direz à mon mari, quand il rentrera, que je suis allée chez ma mère... Au fait, non! Joseph! c'est inutile... je ne sortirai pas... Ah! j'oubliais, si par hasard M. de Fortigny se présentait, vous direz que je suis souffrante... mais poliment, entendez-vous... Vous n'éclairerez pas le salon. Je resterai ici... Allez... (Le domestique sort.)

Je ne sais ce que j'ai aujourd'hui : de ma vie je n'ai été aussi agitée... M. de Fortigny viendra... c'est sûr... Si je le reçois, il me parlera de nouveau de son amour!... Je lui dirai de se taire, il me désobéira, je me fâcherai il demandera pardon, je pardonnerai et il recommencera. Voilà deux semaines que cela dure... c'est insupportable. (Souriant.) Est-ce insupportable, au fond?...

Il y a quelque temps je m'ennuyais à périr... maintenant je ne m'ennuie plus!... D'ailleurs, j'ai fait mon devoir d'honnête femme. J'ai dit à mon mari que je plaisais à M. de Fortigny et que M. de Fortigny ne me déplaisait pas... Ma conscience a le droit d'être tranquille... Eh bien, mon mari n'est pas jaloux, conçoit-on cela ! Faut-il que les maris gâtent toujours le mariage... Paul, qui était si gentil, si élégant, si passionné, est devenu un

lie, des tendances de ses devoirs de 2 que cela signi- :st marié... C'est bonheur!... Paul iges assommants, i malheureuse!...

ibitude d'aller au arler politique...

st qu'un prétexte :e du jeu... Il m'a î francs... Il m'a des turquoises...

>e blanche... Les tout permis... Et ;irs sont pour les mes. Nous avons s... J'adore mon ie, j'ai failli deve- \ plus par les inonne!... Ah oui !

)ibelots dans nos fois... et de dire

'écrivais des pen- !te comme tout...

[gai et si tendre...

impossible!... Je irement.. . Je vais avec du feuillage ... c'est ce que je

Je crois pourtant que j'ai franchi le premier pas, le pas décisif, comme dit mon mari...

Hier, j'avais au bal un bouquet qui n'était pas d'une provenance très régulière... Par distraction, je l'ai porté à mon visage... Alors, M. de Fortigny m'a jeté un coup d'œil... qui m'a donné le frisson... c'est très mal cela... Le voilà, ce malheureux bouquet!... il est charmant... j'ai oublié de le faire emporter.

Ce matin, je l'ai vu de nouveau... ce M. de Fortigny... je ne sais comment cela se fait, mais il devine toujours où je suis... J'étais dans un magasin, à choisir des étoffes... tout à coup, j'entends une voix... — Je crois, madame, que la rose brochée vaudrait mieux que la rouge bordeaux... Je me mets à rire, et nous voilà disant des folies...— Vous vous entendez donc en chiffons?...— Mais certainement, madame, j'étais né pour être marchand de modes... J'ai sur la coupe des robes des convictions inébranlables... — Vraiment!... je serais curieuse de les connaître... — Qu'à cela ne tienne, madame, si vous le voulez bien... j'aurai l'honneur de venir chez vous ce soir, pour vous exposer ma théorie... Il a dit cela si simplement... que j'ai été prise à l'improviste... et j'ai répondu : Eh bien... venez!...

Mais c'est le second pas, cela... il est arrivé si naturellement après le premier, que je n'y ai pas pensé... non!

C'est impossible... je ne le recevrai pas... C'est dommage!... mais je ne le recevrai pas!... Et mon mari, qui soutient qu'on ne peut pas s'arrêter quand on veut... Eh bien, il ne tient qu'à moi de passer une soirée charmante... et je ne veux pas... je passerai une soirée insipide... à pleurer d'ennui... mais je me prouverai que

1 T li f mmm iwmWfW v *?

>'ai de la volonté. (Joseph entre avec une lettre sur un plateau.)

Qu'est-ce que cela signifie?... Est-ce qu'on veut forcer ma porte?... Une lettre de mon mari!... Que peut-il m'écrire?...

« Ma chère amie,

t Je t'ai confié un portefeuille contenant 5o,ooo francs; t il est à droite dans le second tiroir de ton secrétaire ; « remets-le à Joseph au plus vite pour qu'il me l'apporte « au cercle...

« J'ai ce soir une déveine abominable!... mais la nuit a est encore longue... J'espère me rattraper... J'attends « avec impatience... Paul. »

' Ah! c'est comme cela!... (Elle prend le portefeuille et le remet à Joseph.) Tenez, Joseph, allez porter cela à Monsieur... Il n'y a pas d'autre réponse... Dépêchezvous!...

Quelle vilaine chose que cette passion du jeu... Quand elle vous empoigne, on risque tout : sa fortune, son honneur, sa famille, sa vie!... Paul n'a jamais joué jusqu'à présent... et voilà tout à coup que cela l'a pris comme la fièvre...

Mais comment ne pas être assez maître de soi... quand on sait qu'on fait le malheur de ceux qui vous entourent... Je suis outrée!... me voilà seule ici à me sacrifier pour lui... et, pendant ce temps, Monsieur est comme un homme ivre, il ne sait plus ce qu'il fait^ où il va!... Il a les yeux hagards, le regard farouche; il jette à des escrocs son or à pleines mains... Il est affreux!... Je le déteste.

Qui sait! demain nous serons ruinés peut-être... Non,

byGopgle

c'est impossible... il s'arrêtera... il a un fils... Je suis stupide de m'inquiéter..-. c'est un homme du monde, voilà tout... J'ai donc aussi le droit d'être une femme du monde... Il aura des passions... J'aurai des caprices... Pourvu que ma conscience ne me reproche rien... On pourra dire de moi ce qu'on voudra... cela m'est bien égal!... Ah! monsieur Paul... vous m'abandonnez... vous faites la cour à la dame de pique et à la dame de carreau... et vous croyez que je resterai comme une musulmane dans un harem, à compter la lune et les étoiles en pensant à vous... Vous parlez de progrès humanitaire... Eh bien, moi aussi... j'en veux du progrès humanitaire... Je vais faire éclairer mon salon... je recevrai M. de Fortigny... nous parlerons politique, mode... dévouement et amour!... De quoi peuvent parler une jeune femme et un homme jeune?.. . et cette fois j'écouterai... Je ne dirai pas oui... mais je ne dirai pas non . . . D'ailleurs, nous resterons dans les généralités.. . Fortigny me racontera sa vie.. . Je me plaindrai de mon mari. . . cela doit être si bon de se plaindre de son mari , quand on est furieuse . . . (Elle sonne.) Joseph. . . Il ne doit pas être encore de retour !. . . non ! Le voilà!... quelle figure bouleversée!... qu'avez-vpus donc, Joseph?... Une lettre! encore... Paul a de nouveau perdu, j'en étais sûre... cela ne pouvait pas manquer, Joseph, sortez!... ne me regardez pas... (Elle lit.)

« Je ne sais pas comment reparaître devant toi... J'ai g eu un vertige... un accès de folie... Nous étions au « lansquenet... on joue toujours quitte ou double... je « perdais 600,000 francs... j'ai voulu tout regagner d'un « coup... j'ai perdu !... j'ai encore tenu le coup suivant... « Tout tournait autour de moi... j'ai crié : Quitte oudou-

t ble... j'ai perdu!... Nous sommes t nous avons est à peine suffisam « 2,400,000 francs que je viens de pei « traîné graduellement dans un gouffr a pas su me maîtriser dans le commenc « moi... que dois- je faire? »

Comment, ce qu'il doit faire ! Il d<

perdre sa fortune... mais son honnei

étrange... j'étais si troublée tout à ]

calme maintenant... Paul ne jouera

rien à perdre... C'est encore dubonh*

gagner sa vie !... il a bien fait de travî

cat... président... membre du Corps 1<

sera ingénieur des chemins de fer... M

bonne à rien... je ne me suis occupée

ment... j'avais jadis du talent pour 1<

oublié... c'est désolant... Mais je n

mon mari maintenant, ce serait de la

lui écrire... f Paul! je t'aime!... je

« donner... Tu as raison... le premier

« toujours décisif... Tu as eu tort le j

« entraîner à une table de jeu... Le i

< conséquence naturelle de cet inst

« Je sais par moi-même... » Comme

cela?... « Je sais par moi-même qu

« du droit chemin , on est saisi pj

« vous entraîne!... » Non!... c'est im

pas lui écrire des choses semblable

Dieu sait quoi!... il faut pourtant q

cœur... et que son pardon efface

rentre avec une carte de visite.)

Ah ! vous voilà mon pauvre Joseph

mari que je le prie de venir parce que j'ai du monde. . . {Joseph sort.)

Tu vas voir, Paul, que tu n'as plus rien à craindre de personne... Tu as veillé sur moi... tu m'as sauvée, .. je ne l'oublierai jamais!,.. Je changerai mon existence et te la donnerai tout entière.. . Je serai sobre de rêveries et simple de cœur... Le bonheur est là... Nous garderons notre fortune... mais nous nous aimerons comme si nous étions ruinés !

Fin.

ADÉLAÏDE ET

Idylle militaire Par M. Eugène

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