SCÈNE PREMIÈRE
LOUISETTE, seule, appuyée sur un balai, une brosse au pied.
Ouf!... Je n'en puis plus! Quelle boîte! Quelle baraque... La maison n'est pas tenable, c'est un enfer depuis que Madame a renvoyé Firmin, le valet de chambre. Plus un moment de répit : toujours balayer, cirer, descendre, monter, coudre, repasser ! J'étais si tranquille auparavant! Firmin était... très bon pour moi. Je n'avais presque pas d'ouvrage, il disait que c'était encore trop... et m'aidait. A présent, impossible de trouver même le temps de s'habiller. Ne devrais- je pas, à cette heure, être coiffée, pomponnée, tirée à quatre épingles, tandis que je suis couverte de poussière (Elle s'approche de la glace.) et laide h faire peur ? Je
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LOUISETTE
Je vous quitte, et je vous prie de me régler mon compte tout de suite... Je vous fais cadeau de mes huit jours ! (Elle fait mine de dé/aire son tablier.)
ROSA CARMEN
Vraiment ? Et c'est sans doute monsieur Firmin qui vous a inspiré cette belle résolution?...
LOUISETTE
Possible, madame... possible.
ROSA CARMEN, à part.
Ménageons-la, j'en ai encore besoin. Habituée à mon service, à mes caprices, elle est un peu... un peu... beaucoup plus que je ne voudrais... au courant de mes petites affaires. Elle est, en outre, la seule de mes caméristes qui soit parvenue à me coiffer à mon goût. (Haut) à Louisette : ) J'excuse ton emportement, car je sais que tu as pour l'instant un surcroît de besogne.
LOUISETTE
C'est heureux que madame en convienne !
ROSA CARMEN
Oui, aucun de mes domestiques ne consent à te rendre la tâche moins lourde. Le cocher prétend que sa position élevée ne lui permet de s'occuper que de ses chevaux et de sa voiture ; la cuisinière, je ne l'ignore pas, a refusé net toute collaboration en dehors de ses fourneaux ; le palefrenier, seul, s'est montré disposé... mais tu l'as remercié en termes un peu vifs... tu lui as dit..
byGoCK
LOUISETTE
Pas aussi parfait que Firmin.
ROSA CARMEN
Au foyer de l'Opéra, j'ai raconté mes ennuis domestiques, et je me suis engagée à accorder une grande faveur à celui de mes nombreux adorateurs qui aura le premier déniché un valet accompli. Le sacrifice que j'exige de toi ne saurait être, désormais, ni long ni pénible. Demain, ce soir, tout à l'heure, peut-être...
LOUISETTE
Ah ! dans mon trouble... (Elle fouille dans les poches de son tablier.) Une lettre qu'un commissionnaire a apportée il y a une heure... Je l'avais oubliée. (Elle fouille dans la poche gauche de son tablier.) Non, pas celle-là, elle est de Firmin. (Fouillant dans la poche droite.) Voici, madame !
ROSA CARMEN
Donne... donne vite !... (Elle prend la lettre et l'examine.) Tiens !,du marquis de Riverey, un vieil habitué des coulisses de l'Opéra. Que peut-il me vouloir? (Lisant.) t Chère belle, vous avez commis la faute « grande, hier, au foyer de la danse, de confier à vos « bonnes petites camarades l'embarras que vous éprou- « viez à trouver un domestique. C'est ainsi que mon « neveu, Gaston de Riverey, jeune, sous-préfet que je t devais vous présenter, l'a appris. Vous ne connaissez « pas ce polisson de neveu, mais lui, qui vous a aperçue « à travers le feu de la rampe, brûle du désir de vous t voir de plus près. Il est, — Hélas ! Qui ne le serait ? « éperdument amoureux de vous ; aussi a-t-il conçu l'idée
byGOOgI|
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aimer, de s'introduire ici. (Elle s'approche de la glace.) Voyons ! allons réparer un peu le désordre de ma toilette pour recevoir... monsieur mon valet de chambre. Décidément, le neveu du marquis de Riverey est plus original que l'oncle ! Aucun de mes amoureux n'a encore poussé le dévouement jusqu'à se mettre en condition chez moi; tous voulaient, au contraire, m'imposer leurs conditions... (Elle va pour sortir. Entre Louisette.)