LA COMTESSE, GEORGES
LA COMTESSE Oh ! le cruel enfant ! il ne pense qu'à lui !
GEORGES
Frantz m*aime beaucoup, n'est-ce pas, madame? vous en soufiFrez, je Fai compris. L'enfant... ne me reverra jamais ! Je vous en donne ma parole.
LA COMTESSE
Comme vous dites cela!... Que comptez-vous faire?
GEORGES
Rien qui soit indigne de moi, ni du souvenir que je veux laisser à Frantz. Mais je ne dois pas me retrouver près de lui. J'ai tant aimé ce petit être que cela me permet de deviner ce qui se passe dans un cœur de femme... Vous m'en voulez presque... Ce n'est pas un reproche... Cette sainte jalousie, je l'aurais éprouvée peutêtre, je la respecte, je m'incline devant elle... et je m'en vais.
LA COMTESSE
Monsieur i
C'est à vous maintenant à faire le reste et à lui ap' prendre à m'oublier. Ce sera facile.
LA COMTESSE
Monsieur... je n'enseignerai pas ringratitude à mon fils.
GEORGES
Il ne me doit rien !... Pauvre petit! Dans les premiers temps, j'en étais embarrasse'! Et puis, il m'a fallu l'aimer, parce qu'il n'avait que moi... et les enfants, c'est si bon, c'est si vrai, cela rend si bien tout ce qu'on leur donne 1
LA. COMTESSE
Vous avez souffert?
GEORGES
Oui, autrefois... Ensuite, j'ai fait des folies, tout cela est loin.
LA COMTESSE
Vous ne pouvez pas vous en aller d'ici où vous laissez le bonheur, en n'emportant que des regrets... Vjis n'avez pas une mère, une sœur? je serai leur amie.
GEORGES Je n'ai personne au monde.
C'est vous qui devez m'en vouloir!
GEORGES
Pourquoi, madame? Ce n'est pas votre faute. Vous êtes sa mère, vous le reprenez, c'est bien naturel! N'ai-je pas été coupable, puisque j'ai mal cherché! Pendant que vous pleuriez, j'étais heureux. Combien de joies je lui
ai dues!, . Je n'ose dire cela qu'à vous, madame : il n'y a que vous qui puissiez me comprendre! Oui!.... en regardant aller et venir cette petite tête blonde, j'avais envie de lui crier: Merci! Se croire un cœur blascf, fermé, et sentir tout à coup une place ouverte au bonheur et à la souffrance, cela fait du bien, n'est-ce pas ?
LA COMTESSE
Quel vide Tcnfant va faire dans votre vie ! Je juge de votre douleur par celle que j'ai éprouvée. Je n^ suis pas une ingrate, croyez-le. Hier, si on était venu me dire : Un homme a trouvé votre fils, il l'a protégé, soigné, chéri pendant quatre ans, il va vous le rendre ! . . . Qu'est-ce que vous allez faire pour cet homme?... E\ bien!... Commandant, qu'est-ce que je n'aurais pas fuit?... Disposez de moi, je suis à votre merci... L'immensité du bienfait est telle qu'il n'est pas en mon pouvoir de le reconnaître !
GEORGES Madame, cette parole-là m'a payé.
LA COMTESSE
On vous reverra?
GEORGES Je tâcherai.
FRANTZ, rentre en courant, suivi de Suzanne et de Volney.
Ah l tu ne t'es pas en aile... c'est bien.