‹ Théâtre de CampistronChapitre 173 sur 302 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

ÉSOPE, LÉARQLE, EUPHROSmE, DORTS.

LÉARQUE.

J'allais pour voir votre grandeur.

Et savoir...

ÉSOPE

Doucement , monsieur le gouverneur :

Dans la j)lace où je suis , plus fragile qu'un verre , Je vais à petit bruit , et vole terre à terre : Le terme de grandeur ne fut point fait pour moi.

LÉARQTJE.

Eh ! monsieur , c'est un grade acquis à votre emploi. Tous vos prédécesseurs , jusqu'au temps où nous sommes...

ÉSOPE

Tous mes prédécesseurs ont été de grands hommes , JDont le sang , le service et les hautes vertus 5 A ue rien déguiser, méritaient encor plus. Pour moi qu'un sort bizarre a tiré de la boue , Moi de qui pour un temps la fortune se joue , A quoi que ce puisse être où je sois destiné , Je me souviens toujours de ce que je suis né. La fortune est à craindre où manque la sagesse. Etre aujourd'hui grandeur, et demain petitesse , Garder un long silence après un peu de bruit, C'est le commun destin des grands , par cas fortuite

84 LES FABLES DESOPE.

ïrève donc de grandeur pour un homme si mince.

léarque.

Et de quoi vous sert donc d'être auprès d'un grand

prince , Si les titres d'honneur ne vous entêtent })as ? La richesse à vos yeux doit avoir des appas :- Vous êtes dans un poste où vous n'avez qu'à prendre ^ Tout Targent de Crêsus dans vos mains se vient rendre j Tous ceux qui devant vous remplissaient vos emplois, Quand ils les ont quittes étaient de petits rois: C'était une fortune aussi haute que prompte.

ÉSOPE

INTonsieur le gouverneur , que je vous fasse un conte, Je vous prie.

Page 1