‹ Théâtre de CampistronChapitre 196 sur 302 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

LÉARQUE, EUPKROSIXE, DORIS, Je/ nèrc

et assez loin.

LÉARQUE , à Euphrosine.

V ous ne méritez pas les honnêtes manières Qui me font avec vous abaisser aux prières. Qu\-* genor soit aimé , qu''Esope soit haï , N'importe , je suis père, et veux être obéj. A toutes vos raisons la mienne est préférable.

DOPIS.

Oui, quand votre raison sera plus raisonnable.

I ACTE III, SCEiSE I. 109

' LKARQUE.

Démon ne pour me nuire, apprends-moi d'où tu sors? Je t'ai fait satisfaire , et t'ai mise dehors. Je ne te Aeux plus voir diviser ma famille , Et mettre mal ensemble et le père et la fîUe. Qui te peut, maigre moi , faire encor revenir ?

Un sot zèle pour tous qui ne saurait iinir. Je m'en veux rpal.

LÉARQUE.

Et moi , je veux mal à Ion zèle, noRis.

Je reviens en ce lieu moins pour vous que pour elle.

LÉAKQUE.

Pour elle ni pour moi je ne t'y veux point voir.

DOP.IS.

ÎMoi , je veux jusqu'au bout signaler mon devoir. De quoi vous plaignez-vous , que de mon zèle extrême Qui vous veut obliger à rentrer en vous-même ? Je suis au desespoir , et ce n'est pas à tort , De voir tant de vertus faii'e naufrage au port. Ce n'est point l'intérêt qui vers vous me rappelle. Reprenez votre argent , et laissez-moi mon zèle. Laissez-moi le plaisir , sans en être jaloux , D'avoir p;^ur votre enfant plus d'amitié que vous. Il ne s'est jamais vu fille mieux élevée , Jeunesse si docile , et si bien cultivée • Son mé'ite naissant promettait d'aller loin : Pour tout dire en un mot , j'en avais pris le soin : Et je sens un chagrin qui me pénètre l'arae , Quand une honnête fdle est malhonnête femme. Voilà ce que souvent cause vm père têtu.

LÉARQUE.

Quoi ! ma fille étant femme aura moins de vertu ?

DORIS

Qui que ce soit , monsieur , qui soit femme d'Esope , Il n'est pas mal aisé d'en tirer l'horoscope.

LÉABQCE.

Comment?

7 10 LES FABLES DESOPE.

DORIS

Vous m'entendez. Quel besoin d'achever '

LÉARQU"E.

Qu'eu arrivera-t-il ?

DORTS.

Qu'en peut-il arriver ?

Je vous mets en sa place , et je vous pi'ends pour elle. Si vous aviez vin^^t ans , et que vous fussiez belle , Et qu'un homme bien lait , et bien aime de vous, Vous vînt donner par force un magot pour époux , Quand vous vous trouveriez un moment tete-à-tcte , Quelle vertu , monsieur, ne ferait pas la béte ? iSe nous entêtons point , et parlons de bon sens. Quoi I les gens les mieux faits ne seront pas exempts D'une contagion qui devient si commune, Et vous croyez qu'Esope aura plus de fortune ? Quelque femme quïl ait , je le dis en un mot, Si ce n'est une sotte , il faut qu'il soit un sot. J'en réponds.

LÉARQtJE.

Apprends-moi , pernicieuse peste , Si ta langue maudite a joué de son reste : As-tu fait ?

DORIS

Oui.

lÉarque.

Sors donc , abominable esprif.

noms.

Je ne sortirai point sans congé par écrit. Je prétends que l'on sache où mon zèle m'emporte, Et par quelle raison vous voulez que je sorte.

LÉARQtJE.

Parce que je le veux. Sors d'ici de ce pas.

DORTS.

Dussiez-yous me tuer , je n'en sortirai pas. Donnp?-moi vingt soufilets, c'est ce que je demande : Choisissez quelle joue il vous plaît que je tende : Me voilà prête à tout , hors à me séparer D'une pauvre brebis r|u'un loup veut dévorer.

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