ACTE IIÎ, SCENE Vr. ia
Qu'ayant tort elle seule, on nous fouette tovis deux. IS'est-il pas vrai , monsieur, que cela n'est pas juste ?
cléomce.
jNTonsleur, si vous saviez comme il me tarabuste ! 11 est malicieus comme un petit dragon j 11 ne me laisse rien de ce que j'ai de bon. Le miroir qu'il a pris^ dont la glace est si belle , Est à moi seule.
AGATO^î.
A vous? non pas, mademoiselle, S'il vous plaît.
clÉoxice.
A qui donc?
AGATO'V.
C'est à nous deus. qu'il eî^i, clÉo^îce.
Vous me pardonnerez vous-même , s'il vous plaît. Dès f[uand j'étais enfant, ma sœur me le conserve; Et c'est eiie aujourd'hui qui veut que je m'en serve;
AGATOX.
Elle m'a dit à moi , pendant notre dîne , Que c'était à nous deux qu'elle l'avait donne'; Je m'y veux mirer.
CLÉoyiCE.
Vous? Vraiment je vous admire !
Il n"est rien de si beau qu'un garçou qui se mire. ï i !
AGATOX.
Pourquoi fi?
clÉomce.
Pourquoi? Fi, vous dis-je.
AGATOJf.
Pourtant On dit que mon visage est assez ragoûtant. Si je vous ressemblais , et que je me mirasse, Quand je me serais vu , je casserais la glace.
CLÉOiVICE.
Vous croyez donc, mon frère, avoir beaucoup d'appas?
AGATON.
Et pourquoi , s'il est vrai , ne le ci'oirai-je pas ? Jjoiirsauli. t>,
clÉomce.
S*il poiiTait vous venir la petite-verole ! Tenez, ma grande sœur me garde une pistole Pour avoir du ruban plus beau que celui-là, Et je la donnerais volontiers pour cela. Plus vous deviendriez iaid , plus je serais joyeuse.
AGATON.
Vous qui ne craignez rien , vous êtes bien heureuse.
CT.ÉoMCE , h Ksope.
Ne vous ai-je pas dit que c'était un dragon ? Si je ne suis pas belle , est-ce ma faute ? Ésope.
IS^on.
Je vous trouve tous deux un charmant petit couple ; ]Mais il faut Tua pour l'autre avoir Tesprit plus souple: Aimer bien votre frère ; et vous , bien votre sœur. Mêle promettez- vous , mes enfans?
AGATOiV ET CLÉOXICE.
Oui , monsieur.
ÉSOPE
Ecoutez bien tous deux ce que je vais vous dire.
Il faut que fort souvent ce beau garçon se mire :
Mais plus dans le miroir il se verra d'appas ,
Plus il doit prendre garde à ne les salir pas :
Des dieux qui Vont fait naître il gâterait Timagc :
W faut , quand on est beau , qu'on soit cncor plus sage
(a Agaton.) Entendez-vous, mon fds ?
AGATON.
Oui, monsieur, j'entends bien.
Je vous rends grâce.
Ésope.
Et vous , car je ne cèle rien , Vous, pour qui la nature a paru plus cruelle, INlirez-vous , mais pour voir que vous n'êtes pas belle. Si vous manquez d'attraits pour plaire et pour charmer. Amassez des vertus qui vous fassent aimer ^ Et par une conduite exempte de murmure , Réparez la rigueur dont usa la nature.